Âme humaine


    « Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : "Faisons le bouffon, je ne crains par votre opinion, car vous êtes tous, jusqu'au dernier, plus vils que moi !" Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n'est que par timidité que je fais le crâne. Car si j'étais sûr, en entrant, que tous m'accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon ! »

Les frères Karamazov
, de Dostoïevski.

 
Mercredi 1 juillet 2009

   [Cet article est sujet à quelques spoils.]

   Antichrist
. Ce nom résonne déjà comme une mise en garde. “Attention mes amis, j’ai la prétention d’être atypique, de bouleverser vos petites vies et de vous mettre une grande claque dans la gueule.”

   Et je peux vous dire que le pari est amplement réussi.

   Ce film traite de ce qui effraie le plus l’être humain : sa propre nature, incontrôlable et inconnue, à travers un fond de christianisme sordide et noir. Dés le début, on nous met dans l’ambiance : le spectateur ne sera pas protégé, mais au contraire exposé à tout ce qu’il va endurer, complètement démuni.
Antichrist met à nu les thèmes qu’il explore, et en fait de même avec la façon qu’il a d’être mis en scène. Noir. Dément. Superbe. Et beau.


Premier choc : le prologue

   D’un esthétique rarement atteint, le spectateur est mis dans la bain très rapidement, et se rend compte qu’il n’en ressortira pas de la même façon. Le tabous n’est pas de rigueur ; les scènes ne sont pas censurées : tout est cru, simplement exposé, réel. C’est cela qui frappe dés le début : la réalisation est brillante, le tout est esthétique, mais sans artifice. Nous touchons de très près l’essence de l’homme.
   Cette essence est personnalisée une première fois par la relation sexuelle, le besoin de se reproduire, procurant un plaisir inégalé ou pouvant tuer une âme, transcendant tout ce qui existe. Deux êtres couchent ensemble, et dans la chambre d’à côté, un enfant de 3 ans se réveille, va voir sa mère en extase. Il retourne dans sa chambre, monte à la fenêtre, et tombe. Il meurt sur le coup, dans la neige, symbole de pureté. Ce sera le seul de tout le film.
   Nous assistons au premier paradoxe que ce film propose : un couple fait l’amour, ce qui est le préambule de la vie, et se faisant, la mère, en jouissant, voit de ses propres yeux son fils mourir, sous un air de Haendel, complétant ce prologue filmé au ralenti. C’est un aspect sûrement désiré de le part de Lars Von Trier, dans sa volonté de tout englober, de ne pas séparer le bien du mal ; la vie de la mort. Un seul mot d’ordre : la nature humaine, avec toute la folie qu’elle va engendrer, sous des airs de romantisme absolu.

Deuxième choc : La trame de l’histoire

 - Première instance de la sainte et cruelle trinité : la douleur.
   
La mère est effondrée, devant la mort se son unique enfant, et son mari, thérapeute, va essayer de l’aider en l’emmenant dans le lieu qui lui inspire le plus de peur : Eden, la forêt où elle passait ses étés avec son fils, à rédiger sa thèse. Le spectateur est mis devant la véritable douleur, sans artifice, et il sent qu’il est prêt à être aspiré dans une spirale destructrice, prémisse d’un choc sans précédent.
 - Le deuil.

   Une fois la douleur passée, la mère angoisse, commence à ressentir physiquement les dégâts de ce désespoir sans nom. Elle passe donc par le deuil, où l’on se rend compte de ce qui se passe, où l’on ne nie plus, où l’on reçoit donc de plein fouet toute l’ampleur d’une abominable réalité. La tension monte de plus en plus. Charlotte Gainsbourg est phénoménale dans le rôle de cette mère dévastée. Les scènes sont de plus en plus insupportables, rien n’est mis à l’écart : ni les cris puissants, stridents du désespoir ; ni scènes de passions où la mère essaie de trouver du réconfort ; ni celles, de plus en plus, de folie et de violence. Le tout est filmé avec une caméra presque immobile, décuplant donc le réalisme de ce que l’on voit, de ce que l’on vit.
 - Le désespoir.

   Après un passage rapide où la mère a passé une bonne nuit, est heureuse et se croit - malgré les réticences et la prudence de son mari - guérie, elle plonge véritablement dans la folie, qui sera son point de non retour. Son mari a commis une grave erreur : il l’a lui-même psychanalysée, et s’est donc voilé la face, en essayant de trouver le problème partout sauf à l’intérieur même de cette femme que l’on croit maintenant possédée, à l’image des sorcières du XVIe siècle, sujet de sa thèse. Elle ne se contrôle plus, et devient un véritable démon, qui, on le comprend, serait la véritable nature de l’être humain... ou plus précisément de la femme.
Ce démon, on le voit, possède entièrement la femme qui subit. Le plaisir a une dimension presque divine, et retrace tout le film : c'est quand elle prend du plaisir qu'elle voit son fils mourir. Depuis cet instant, le plaisir a une double facette : elle en a besoin, mais culpabilise. C'est pourquoi elle demande à son mari de la battre lors de leurs ébats ; c'est pourquoi elle se coupe le clitoris : ultime douleur la forçant à renoncer au plaisir, au désir. Cet acte plus que violent est à l'image paradoxale de ce film brillant.
Le réalisateur prouve à cet instant que l’enfer, le véritable 9è cercle de Dante se situe dans notre âme ; que nous essayons par tous les moyens de nous socialiser, de refouler cette nature impitoyable, mais qu’un événement peut raviver, faisant ressortir l’être immonde, se substituant à l’individu factice que nous étions, et cela très rapidement. 
Car le mari se rend compte que sa femme est emprise depuis déjà longtemps à cette folie avant inconsciente, et que le choix de sa thèse n’était pas anodin. Il se rend compte que sa propre femme inversait inconsciemment les chaussures de son enfant, lui imposant une douleur intense, causant une malformation du pied, - et nous pouvons le deviner - le faisant perdre l’équilibre au début du film, le menant à la mort. 
La nuance est donc présente : la folie de l’être humain n’apparaît pas par magie, en cet instant : elle est bel et bien lattante, se révélant quand le conscient devient trop faible.

Troisième choc : l’épilogue

   Le mari tue sa femme pour sauver sa propre vie, et malgré des hallucinations, il réussit à garder le contrôle. Misogynie (ce meurtre sous-entend l'impossibilité pour l'homme de sauver la femme, irrécupérable), simple coïncidence, ou volonté du réalisateur de prouver la différence entre la faiblesse de la femme, biblique, emprise à la folie ; et la force de l’homme, posé, calme, pragmatique. Les allusions au mythe et à la religion catholique ne sont encore une fois pas anodines : Eve et le pêché originel sont omniprésents ; Eden, le nom de la forêt ; le sujet de thèse. Tout est également coupé en trois, et : 3 parties ; 3 sous parties à l’intérieur de l’histoire et 3 étapes, donc, par lesquelles passe la mère ; les 3 mendiants, superstition structurant le film et qui dit qu’une fois réunis, quelqu’un doit mourir : ce sera le cas pour l’enfant et la mère. Simple superstition néanmoins car à chaque décès, une explication rationnelle peut exister.


   Ce film est horrible. Les scènes sont montrées avec un réalisme peu commun, où rien n’est épargné au spectateur. Les thèmes abordés nous font tous peurs, et nous ont tous interpellés au moins une fois, mais nous les avons évidemment refoulés. Ce film les ressort et c’est en cela qu’il est dérangeant. Les critiques diront qu’il veut choquer sans véritable fond ; permettez-moi de vous dire que ceux-là n’ont pas compris, et j’espère vous l’avoir démontré. Car au-delà de ces scènes insupportables, Antichrist est un film profond, tellement profond que je n’ai pas réussi à tout dire, que je n’ai pas réussi à structurer l’article comme je le voulais, et que je n’ai pas dû saisir tout ce que le film offrait.

   Au-delà de ces scènes insupportables - et pour finir l’article -, ce film, je le disais, est beau. Il l’est par sa réalisation, par la justesse des acteurs (Willem Dafoe est tout aussi remarquable, seul soutien d’un spectateur recevant de plein fouet la folie et la perversité de Charlotte Gainsbourg). Il l’est, enfin et surtout, par la formidable preuve d’amour dont fait part le mari, en essayant jusqu’au bout de sauver sa femme, au péril de sa santé mentale, et de sa vie.


   
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Mercredi 10 juin 2009
La question : Pourquoi la Mini a-t-elle traversée la route ?

RENÉ DESCARTES : Pour aller de l'autre côté.
PLATON : Pour son bien. De l'autre côté est le Vrai.
ARISTOTE : C'est la nature de la Mini de traverser les routes.
KARL MARX : C'était historiquement inévitable.
CAPITAINE JAMES T. KIRK : Pour aller là où aucune autre Mini n'était allée auparavant.
HIPPOCRATE : En raison d'un excès d'une remontée d'huile de son moteur.
MARTIN LUTHER KING JR. : J'ai la vision d'un monde où toutes les Mini seraient libres de traverser la route sans avoir à justifier leur acte.
MOISE : Et Dieu descendit du paradis et Il dit à la Mini : " Tu dois traverser la route". Et la Mini traversa la route et Dieu vit que cela était bon.
RICHARD M. NIXON : La Mini n'a pas traversée la route, je répète, la Mini n'a JAMAIS traversé la route.
NICOLAS MACHIAVEL : L'événement important c'est que la Mini ait traversée la route. Qui se fiche de savoir pourquoi ? La fin en soi de traverser la route justifie tout motif quel qu'il soit.
SIGMUND FREUD : Le fait que vous vous préoccupiez du fait que la Mini ait traversée la route révèle votre fort sentiment d'insécurité sexuelle latente.
BILL GATES : Nous venons justement de mettre au point la nouvelle Mini Office XP", qui ne se contentera pas seulement de traverser les routes, mais ne tombera pas en panne, rangera vos dossiers importants, etc.
BOUDDHA : Poser cette question renie votre propre nature de la Mini.
GALILEE : Et pourtant, elle traverse.
ERIC CANTONA : La Mini, elle est libre la Mini. Les routes, quand elle veut elle les traverse.
CHARLES DE GAULLE : La Mini a peut-être traversée la route, mais elle n'a pas encore traversée l'autoroute !
JACQUES CHIRAC : Parce que je n'ai pas encore dissous la route.
L'EGLISE DE SCIENTOLOGIE : La raison est en vous, mais vous ne le savez pas encore. Moyennant la modique somme de 10 000 € par séance, plus la location d'un détecteur de mensonges, une analyse psychologique nous permettra de la découvrir.
BILL CLINTON : Je jure sur la constitution qu'il ne s'est rien passé entre cette Mini et moi.
EINSTEIN : Le fait que ce soit la Mini qui traverse la route où que ce soit la route qui se meuve sous la Mini dépend uniquement de votre référentiel.
ZEN : La Mini peut vainement traverser la route, seul le Maître connaît le bruit de son ombre derrière le mur.
JEAN-PIERRE RAFFARIN : La Mini n'a pas encore traversée la route, mais le gouvernement y travaille.
JEAN ALESI : Je ne comprends pas, théoriquement, la Mini elle avait le temps de passer.
NELSON MONTFORT : J'ai à côté de moi l'extraordinaire Mini qui a réussi le formidable exploit de traverser cette superbe route:
" Why did you cross the road ? "
" Vroom Vroom !"
"Eh bien elle dit qu'elle est extrêmement fière d'avoir réussi ce challenge, ce défi, cet exploit. C'était une traversée très dure, mais elle s'est accrochée, et..."

RICHARD VIRENQUE : C'était pas un lapin ?
ORANGINA ROUGE : Paskeeeeeeuuuuuhhhh
KEN LE SURVIVANT : Peu importe, elle ne le sait pas mais elle est déjà morte.
JEAN-CLAUDE VANDAMME : La Mini la road elle la traverse parce qu'elle sait qu'elle la traverse, tu vois la route c'est sa vie et sa mort, la route c'est Dieu c'est tout le potentiel de sa vie, et moi Jean Claude Super Star quand je me couche dans Timecop quand le truck arrive je pense à la Mini et a Dieu et je fusionne avec tout le potentiel de la life de la road ! Et ça c'est beau !
FOREST GUMP : Roule Mini Roule !!!
STALINE : La Mini devra être fusillée sur le champ, ainsi que tous les témoins de la scène et 10 autres personnes prises au hasard, pour n'avoir pas empêché cet acte subversif.
GEORGE W. BUSH : Le fait que la Mini ait pu traverser cette route en toute impunité malgré les résolutions de l'ONU représente un affront à la démocratie, à la liberté, à la justice. Ceci prouve indubitablement que nous aurions dû déjà bombarder cette route depuis longtemps. Dans le but d'assurer la paix dans cette région, et pour éviter que les valeurs que nous défendons ne soient une fois de plus bafouées par ce genre de terrorisme, le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique a décidé d'envoyer 17 porte-avions, 46 destroyers 154 croiseurs, appuyés au sol par 243 000 G.I. et dans les airs par 846 bombardiers, qui auront pour mission au nom de la liberté et de la démocratie, d'éliminer toute trace de vie dans les garages à 5000 km à la ronde, puis de s'assurer par des tirs de missiles biens ciblés, que tout ce qui ressemble de près ou de loin à une Mini soit réduit à un tas de cendres et ne puisse plus défier notre nation par son arrogance. Nous avons décidé qu'ensuite, ce pays sera généreusement pris en charge par notre gouvernement, qui rebâtira des garages suivant les normes de sécurité en vigueur, avec à leur tête, un Van démocratiquement élu par l'ambassadeur des Etats Unis. En financement de ces reconstructions, nous nous contenterons du contrôle total de la production d'huile de la région pendant 30 ans, sachant que les habitants locaux bénéficieront d'un tarif préférentiel sur une partie de cette production, en échange de leur totale coopération. Dans ce nouveau pays de justice, de paix et de liberté, nous pouvons vous assurer que plus jamais une Mini ne tentera de traverser une route, pour la simple bonne raison, qu'il n'y aura plus de routes, et que les Mini n'aurons plus de roues. Que Dieu bénisse l'Amérique.
La FSE : Au goulag, la mini-social-traitre ! (dédicace à mes amours de bloqueurs que je ne comprendrai jamais ^^)


   Et on remercie Nelly pour m'avoir passé le site sur lequel j'ai pris l'article (avec quelques modifications, j'avoue !). Aussi, si vous avez des ajouts à proposer, n'hésitez pas !

 
Par Anthony L.
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Jeudi 16 avril 2009

Frodon : Je voudrais que l'anneau ne soit jamais venu à moi. Que rien de tout ceci ne se soit passé.

Gandalf : Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres. Mais ce n'est pas à eux de décider. Tout ce que vous avez à décider est quoi faire du temps qui vous est imparti.
 

Tiré du film Le Seigneur des anneaux ; La communauté de l'anneau.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Mardi 14 avril 2009
    Il marchait. Il marchait vers l’inconnu. Pour oublier ? Pour se souvenir ? Il ne savait pas vraiment. Il ignorait même si la destination était l’inconnu, cet étrange concept, différent pour chaque être, mais semblable à tous. Non, il marchait, il ne faisait que cela. Il ne fuyait rien, il n’approchait d’aucun but. Ce qu’il venait de vivre lui enlevait ce poids, cette chaîne. Il marchait en homme libre. Libre de toute contrainte, libre de toute espérance, peine, joie. Néanmoins, le prix à payer avait été terrible, à la mesure et à la démesure de ce qu’il vivait aujourd’hui.
    Vivre. Par quel critère peut-on affirmer que telle personne est en vie ? Est-ce l’apparence physique, cette illusion qui permet à tout être de se reconnaître parmi les siens ? Est-ce l’intellect, tous ces attraits moraux et abstraits que l’on ne peut vraiment qualifier, mais qui sont malgré tout reconnaissables ? Est-ce, donc, la culture et autres “je sais donc je suis” ? La fierté, le sens du devoir, le respect ? Ne serait-ce pas, finalement, uniquement ce coeur qui bat ?
    Vivre. Ce sentiment aux antipodes de ce qu’il ressent, mais qui procure la même sensation de liberté. Se sentir vivant. Essayer de donner une définition de la vie est peut-être vain. Tout reposerait peut-être sur l’acquisition de cette appartenance. La certitude que la vie est en nous, qu’elle respire au plus profond de notre être.
    Si l’on part d’un de ces principes, il peut se considérer comme un homme mort. Son coeur bat, mais il est un automate perdu au milieu de tant d’organes, inertes et inutiles. Une pompe, une simple pompe. Tout le reste est vain. Il ne se sent plus vivre, ne réfléchit plus, ne possède plus la moindre once de fierté, plus rien. Un ermite. Rien.
    Son apparence suit la même logique. De taille moyenne, on ne le verraitt pas dans la foule qu’il évite, d’ailleurs. Des cheveux bruns, des yeux noirs de jais qui trahissent une beauté froide, sans équivoque. Oui, il a déjà pu être qualifié d’homme séduisant, malgré sa carrure fine. Néanmoins, son allure se corrèle à son âme et à sa santé intérieure. Ancien esthète d’un monde qu’il aimait, rempli de personnes qu’il respectait, malgré tout. Ancien optimiste convaincu, sûr d’une chose : quoiqu’il qu’il arrive, tout finit toujours par s’arranger.

    Cette phrase, il se l’était répétée des dizaines de milliers de fois, comme pour s’en convaincre. Cette phrase faisait partie de lui, s’était incrustée à force d’être invitée. Elle l’habitait. Du moins, elle l’a habité, un temps, car aujourd’hui, en ce jour de printemps, rien ne l’habite plus. Marchant à travers cette nature abondante - seul paysage qu’il tolère dorénavant - il se sait plus vivant que jamais. Ôtant toute pensée, toute joie comme toute peine ; il vit simplement, au jour le jour. Certains diront qu’il a perdu tout ce qui faisait de lui un humain... d’autres, moins nombreux, penseront qu’il a réalisé ce que peu d’hommes ont réussi : la totale abnégation de lui-même, la paix intérieure poussée à son paroxysme.
    En l’observant, on pouvait penser ceci : qu’il ne réfléchissait même plus, et dans un sens, c’était le cas. Il ressentait d’avantage, ouvrant les yeux sur la beauté du monde, sur les vagues de lumière que propose chaque jour - spectacle gratuit - ce soleil réchauffant avec une douceur réconfortante, implorant le pardon d’une absence qui dura le temps d’une saison, réveillant tout ce que permit une beauté froide, glaciale et implacable et qui devenait, petit à petit, l’apanage d’un printemps magique, saison parfaite où tout est tempéré, ni trop ni trop peu, nuancé à l’extrême, intimidant tout être normalement constitué.
    C’est cela qui fut à l’origine de son départ : la décadence d’un monde où tout fuit, où tout nous échappe. Une civilisation faite de consommation, dont l’essence constelle de ce qui nous use. Un monde si compliqué, si confus, où l’être intelligent est le plus respecté, aux dépends de l’homme sage, de l’homme posé, de l’homme émerveillé.

    Un besoin constant de prendre le large s’était affermi au fur et à mesure de son dégoût de ce qui fait l’homme - et non pas de l’homme en lui-même.

    Néanmoins, au cours de cette fuite, la solitude prit le pas sur la souffrance qu’il avait due subir pour arriver à cet état. Il se sut homme parmi les hommes et rejoignit son destin. Il comprit que la naissance avait cette horrible force qu’elle nous privait à jamais de ce qu’elle ne nous donnait pas.

    Il comprit que ce qu’il avait vécu ne pouvait s’estomper, que cette éducation avait fait de lui l’homme qui l’habitait en ce moment, et qui l’habitera à jamais.

    Il comprit cependant, à travers cette fuite à destination de lui-même qu’on pouvait toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous, et que nos choix étaient plus importants et plus réels que n’importe quel autre concept.

    “Je te hais” avaient été ses derniers mots.

    “Je t’aime” furent ses premiers, quand il revînt parmi les siens.



Peinture de Joaquin Sorolla.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Perso
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Jeudi 2 avril 2009
    « À la fin du XIe siècle, la ville d'Antioche fut assiégée pendant huit mois par les chrétiens de la première croisade. Les musulmans défendirent leurs biens, aussi longtemps que possible. Lorsque les croisés faisaient des prisonniers, ils les décapitaient puis lançaient les têtes par-dessus le mur d'enceinte, autant pour impressionner que pour répandre les maladies. Fermons les yeux un court instant de notre existence et réveillons-nous entre ces murs tremblants sous l'impact des pierres ennemies. Il y a ces hommes, ces femmes et ces enfants qui voient l'armée occidentale s'approcher dans la nuit. Entre les torches vacillantes, les armures sans visages, les machines de guerre, et les paniers plein de têtes coupées. Les fortifications d'Antioche sont sur le point de céder, rien n'arrêtera plus les chrétiens à présent. Ils vont déferler dans les rues, traînant la mort sous leurs capes et dans le reflet inique de leurs lames. Les hommes sentent leurs poitrines se creuser à l'approche du massacre, les femmes ont le sang qui tourne dans leur ventre et les enfants pleurent silencieusement. Ils savent qu'ils vont mourir, et la peur rend à présent leurs larmes plus acides que la haine. Des milliers de regards chancellent alors, tandis que le bélier enfonce la grande porte. Ca y est, tout est fini. La mort est rentrée. »



Maxime Chattam - In tenebris
Peinture de Albert Goodwin - Cairo.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Jeudi 26 mars 2009
   Nous y voilà. Après Million Dollar Baby, dramatique à souhait, où l'on se demandait - malgré les très bonnes critiques - s'il servait vraiment à autre chose qu'à nous faire pleurer ; après la duologie (si, si, ça s'dit, j'vous assure) rassemblant Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima, avec des qualités, certes, mais des scènes looongues, très looongues... Clint l'a fait ! Une petite perle, une autre bombe comme je les aime : Gran Torino.

   Clint Eastwood incarne un vieux crouton, nostalgique d'une guerre de Corée qui l'a forcé à devenir marginale, repoussant sa famille, devenant raciste et méchant, ironique, cynique et détestable. Mais ce film serait tout aussi détestable s'il n'y avait eu que cela ! On aperçoit, à travers la nostalgie d'un temps idéalisé mais qui fut réel, une vraie déception de notre présent, des valeurs disparues comme le respect, remplacé par une douce hypocrisie ; le courage par la violence gratuite ; l'amour par l'égoïsme.
    À travers ce film, nous voyons la vie d'un vieil homme qui ne comprend plus le monde qui l'entoure, embrassant à la fin du film son destin, à l'image des anciennes tragédies.

   Il aborde également d'autres sujets : le racisme, donc, incarné par ce même bon vieux Clint. Là encore, à travers des blagues hilarantes, des mimiques très attachantes, cet acteur et réalisateur dénonce une peur et un dédain inconsidéré et inadmissible. Au début méprisant de ses nouveaux voisins asiatiques, il se découvrira plus de points communs avec eux qu'avec sa propre famille, le sang de son sang.

   Ce chef d'oeuvre (vous voyez le crescendo implicite de l'article ? Quel génie...) traite également de l'inébranlable question qui régie le petit crâne désuet de tout être humain : la relation entre la vie et la mort. Tout en ne vous révélant pas exactement ce qui se passe à la fin du film, je peux vous assurer que Walt (Clint dans le film) ne s'est pas senti aussi vivant qu'à la fin du film.

  

   Et Walt... Mais Walt quoi ! Clint Eastwood tient le film à lui seul, charismatique à souhait, puissant, cynique et drôle, bien que finalement touchant. Il ne pourrait y avoir que lui, cette nouvelle perle du 7ème art (j'ai peiné à monter encore en crescendo, après le chef d'oeuvre...) tiendrait encore mille fois la route.










   En ne vous révélant presque rien de l'intrigue et du dénouement  (c'est frustrant, à chaque fois, de parler d'un film - et je me répète - sans trop spoiler...), je peux néanmoins vous conseiller plus que vivement d'aller le voir. Vraiment, sincèrement, en toute franchise, loyauté, vérité (non, yé même pas allé voir un dictionnaire...) : allez voir ce film, il en vaut la peine.



 Photos tirées d'allociné.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Dimanche 15 mars 2009
   « Il s'agenouilla presque pour me parler.
   "Ne pleure pas, mon petit. Nous allons avoir une très grande maison. Une vraie rivière passe juste derrière. Il y a beaucoup d'arbres, très grands, ils seront tous à toi. Tu pourras fabriquer des balançoires."
   Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas. Jamais aucun arbre ne serait aussi beau que la Reine Charlotte.
   "Tu seras le premier à choisir les arbres."
   Je regardais ses pieds, les doigts sortaient des savates. C'était un arbre. Mais un arbre que je ne connaissais presque pas.
   "Autre chose encore. On ne coupera pas de si tôt ton petit pied d'oranges douces et quand on le coupera, tu seras loin, tu ne t'en apercevras pas."
   Je m'agrippais à ses jambes en sanglottant.
   "Ca ne sert à rien, papa, ça ne sert à rien..."
   Et en regardant ses yeux qui étaient aussi pleins de larmes, je murmurai comme un mort :
   "On l'a déjà coupé, papa, il y a plus d'une semaine qu'on a coupé  mon petit pied d'oranges douces." »

 Mon bel oranger - José Mauro de Vasconcelos
Cliché de Willy Ronis.


 
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Samedi 28 février 2009
   Imaginez un homme laid. Non, malheureux ! un homme vraiment laid. Voilà, on va dire que c'est bon. Très laid. Horriblement laid. Merveilleusement laid. Ce qui l'amuse, c'est regarder la façon dont la population lambda le dévisage dans la rue. On essaie de ne pas le regarder, après l'avoir pourtant remarqué ; on le dévisage avec horreur, sinon avec surprise. Quand un enfant pose une question sur son aspect hétéroclite, le parent lui demande, mal à l'aise, de se taire.
    Imaginez un homme qui n'a vécu et connu que cela. Les rares personnes daignant lui donner un peu de leurs temps gardent ce regard qu'il subit, même s'il ne veut l'admettre. Il le subit, car, de façon contradictoire qui se présente comme une conséquence - et comme Quasimodo - il agit comme eux avec une certaine exacerbation et une puissance extremiste : il tombe en extase devant la splendeur d'une jeune femme. Il n'y a bien sûr pas que ça : cette jeune femme le traite en égal, et voit en lui un être à part ; intéressant. Elle ne nie pas sa laideur, elle l'accepte. Mais ce qui compte, c'est sa beauté. Jamais il n'a vu auparavant un être si beau, souriant et attirant. Elle est si belle, mais c'est peut-être avant tout parce qu'elle le regarde - et c'est nouveau pour lui - avec des yeux normaux, qui n'ont pas ce dégoût, cette horrible gêne qui l'ont poussé à détester l'être humain, au profit de la beauté suprême, qu'il croyait inincarnable mais qu'elle représente.
    Imaginez que cet homme, au final, quand il agira en être humain à son tour - ayant confiance en elle -, et lui révélera ses possibles faiblesses, imaginez qu'elle se détourne de lui. Imaginez que la seule personne qu'il estimait lui tourne enfin le dos, quand il eut démystifié ce qui faisait son unique qualité. Que cette personne, se sentant en position de force, agisse en dictateur et en tyran. Pire, en sadique.

    Imaginez un seul instant ce qu'il serait capable de faire.

    Vous ne l'imaginez pas ?

    Lisez donc Attentats, d'Amélie Nothomb.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Lundi 16 février 2009
   Mesdames et messieurs, voilà un nouveau chef d'oeuvre.

   Mesdames et messieurs, voilà Monsieur Quentin Tarantino, dans un nouveau film qui sortira durant l'été 2009.

   Mesdames et messieurs, je vous laisse découvrir la bande annonce, et on en reparle cet été !

Inglourious Basterds.


   Jouissive... Du vrai Tarantino, on le sent !
   Voilà comment on a la chair de poule devant un Tarantino et un Brad Pitt, alors qu'on ne peut que rigoler devant un Singer (rappelez-vous, Superman Returns, les deux premiers X-men - même s'ils étaient pas si mal - et voyez-le après réaliser un film de guerre...) et un Tom Cruise qui ne sera décidément bon que dans Le dernier samourai (pour les films que j'ai vus)... Je vous parle bien sûr de Walkyrie, en ce moment dans les salles et qui prête plus à rire qu'autre chose.

   Non, Inglorious Basterds, ça va être de la bombe, de la vraie. Vous verrez.

   Et parce que vous avez été gentils, voilà un début de film, à la Tarantino mais par Takashi Miike : Sukiyaki Western Django. Un genre spécial, mais j'vous interdis de détester. C'est impossible de détester.


sukiyaki 1
envoyé par love-drama13
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Lundi 26 janvier 2009
   "Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c'est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang."

   "Sensible, attentionné, drôle, simple." Des qualités de pacotille qu'autrui utilise et se sert pour nous vider. L'orgueil, la fierté, voilà les vraies qualités.

Maintenant regardez cette photo. Si elle ne vous fait pas rire, alors posez-vous des questions.

 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Présentation

Extraits

- Ma colombe ! - et que ces mots avaient donc besoin de t'être rendus ! - Rien ne vaut d'être tenté que le goût de tes lèvres ne pourrait accomplir, et l'on peut peut-être vivre loin d'elles, mais à la manière d'un exil... (Les Clowns Lyriques, de Romain Gary).

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