Âme humaine


    « Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : "Faisons le bouffon, je ne crains par votre opinion, car vous êtes tous, jusqu'au dernier, plus vils que moi !" Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n'est que par timidité que je fais le crâne. Car si j'étais sûr, en entrant, que tous m'accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon ! »

Les frères Karamazov
, de Dostoïevski.

 

Culture

Théâtre

...


Littérature

- La peste, d'Albert Camus

Dans un futur proche :
- Jules César, de Shakespeare
- Innocent, d'Harlan Coben
- Le loup des steppes, de Hermann Hesse (en vous conseillant de lire Demian, avant tout :))

Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /Mai /2010 16:45

Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,

Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J'allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce :
- Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s'est récrié : - Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. À chaque instant
L'ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête.
Vous démolissez tout. - Et j'ai baissé la tête,
Et j'ai dit : - Je n'ai rien à répondre à cela,
J'ai tort. Oui, c'est avec ces indulgences-là
Qu'on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu'on me mette au pain sec. - Vous le méritez, certe,
On vous y mettra. - Jeanne alors, dans son coin noir,
M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l'autorité des douces créatures :
- Eh bien, moi, je t'irai porter des confitures.

L'art d'être grand-père. Victor Hugo.


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  Peinture de Jean-Baptiste Camille Corot - La dame en bleu

 

Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 14:48

 

“ - Notre Père qui êtes au ciel, pria-t-il. Permettez-nous de nous élever ! Permettez-nous d’accéder à la surface, rendez-nous superficiels ! Donnez-nous un millimètre de profondeur, permettez-nous enfin d’être simples comme bonjour ! Rendez-nous le goût du rose et du bleu, du tendre et du charmant, apprenez-nous à nous servir d’un chien, d’une forêt, d’un coucher de soleil, du chant des oiseaux ! Libérez-nous du mal, libérez-nous des abstractions, rendez-nous nos esprits ! Ô Vous grand Willie (son interlocuteur, un producteur de cinéma américain qu’il prend ironiquement pour Dieu, N.B.) qui êtes au ciel, apprenez-nous le ruisseau, et le sommeil dans l’herbe, rendez-nous l’herbe, le brin d’herbe entre les dents et la touffe d’herbe sous la nuque ! Comment fait-on ça, comment fait-on ça ? Prenez nos plus hautes institutions et faites-nous vivre au lieu de ça en Corse, dans une chanson de Tino Rossi ! Que notre vie ait toute l’élévation de sa voix, toute la variété de ses rimes ! Sauvez-nous du blanc et du noir, réconciliez-nous avec le gris, avec l’impur, gardez la pureté pour Vous et apprenez-nous à nous contenter du reste ! Ô vous qui pouvez tout, donnez-nous la midinette et les moyens de s’en servir ! Rendez-nous le secret du coït simple comme bonjour où l’on ne risque pas de se casser les jambes à force de s’entortiller ! Rendez-nous les clairs de lune, la valse, permettez-nous de mettre genou à terre devant une femme sans ricaner ! Ô Vous, formidable et colossal, ô Vous, absolument inouï ! sauvez-nous du ricanement et de l’analyse, sauvez-nous des élites, faites régner sur nous un rêve de jeune fille ! Ô Vous ! absolument invraisemblable par plusieurs côtés, rendez-nous la sérénade et l’échelle de corde, le sonnet et la feuille sèche entre les pages d’un livre, mettez Roméo et Juliette au Kremlin (l’histoire se passe dans les années 1950, N.B.) ! Ô Vous qui avez créé les abîmes et le Kilimandjaro, rendez-nous enfin l’usage du superficiel ! Sauvez-nous du hara-kiri de l’introspection ! Libérez-nous des traités hautement sérieux et du narcissisme, prenez l’homme et dénouez-le ! Il s’est entortillé en un noeud tellement inextricable que, de tous les côtés, on veut le couper sous prétexte de le libérer ! Permettez-nous de croire à la virginité et aux petites valeurs humaines, qu’elles reviennent à nous avec leur pain et leur sel, libérez-nous de nos scaphandres, laissez-nous seulement quelques douces bulles d’air et donnez-nous la simplicité nécessaire pour embrasser une femme sur les lèvres seulement ! Prenez le génie et rendez-nos le talent ! Ô Vous qui connaissez si bien l’histoire, n’en faites plus ! Laissez-nous petits et aimables ! Arrêtez tout et vérifiez soigneusement nos mesures : nous sommes sortis de nos dimensions ! Nous sommes devenus trop grands pour notre petitesse ! Pour vous y retrouver, c’est bien simple : écoutez nos cris quand nous faisons l’amour, rappelez-vous ainsi qui nous sommes, réglez-vous là-dessus ! Avant de créer de nouveaux Staline et toute la ribambelle de géniaux pères des peuples, écoutez longuement le choeur des hommes et des femmes qui font l’amour : retenez-vous. Laissez-les continuer. Ne les dérangez sous aucun prétexte. Gardez le génie pour Vous : Vous en avez singulièrement besoin, c’est un homme qui vous le dit. Je sais bien que ça manque d’idéal : gardez l’idéal et l’absolu pour vous, ô Vous, qui n’avez jamais fréquenté les petites femmes ! Sauvez-nous des partouzes idéologiques, rendez-nous le couple ! Permettez-nous de ne pas être tous heureux ensemble et en même temps et d’être heureux quand même ! Ô Vous, pour qui l’amour n’est que le petit besoin des hommes, laissez-nous à notre petit besoin ! Laissez-nous par couples, empêchez les grappes ! Rendez-nous le goût des duos ! Soutenez les barcarolles contre les hymnes, les sérénades contre les choeurs, épargnez, au coeur des grandes symphonies, le petit son de la flûte ! Soutenez-le, rendez-le perceptible ! Sauvez-nous des Wagner du vécu, des Wagner du sué, du saigné, du bâti, de l’arraché, donnez-nous le goût de la fragilité ! Prenez à nos graves penseurs le goût de l’esthétique et donnez-leur le sens de la beauté ! D’ailleurs, rendez-nous le goût du joli ! Réhabilitez à nos yeux le goût, le goût qui se cache, rampant, misérable et persécuté par l’écrasante catastrophe du beau ! Ô Vous qui pouvez, sur le papier, les choses les moins vraisemblables, rendez-nous le goût de la boucle des cheveux et du médaillon sur le coeur ! Ô Vous, qui pouvez tout, sur le papier, sauvez-nous de l’organigramme, du programmé, du perforé, et de l’épure ! Rendez à nos fils le goût du jupon qui frémit et la merveilleuse découverte de la cuisse de plus en plus tendre — chez les mignonnes, les ailes et les cuisses sont servies ensemble. Faites que nos mignonnes ne s’arrêtent jamais de faire de la bicyclette, sauvez-nous des puritains, sauvez-nous des puritains, sauvez-nous des puritains ! Prenez les puritains et faites-en absolument ce que vous voulez, mais je vous suggère ceci : faites-les vivre dans les dessous d’une fille, qu’ils respirent ! Mais surtout, ô Vous ! qui êtes capable de tout ! ne faites rien pour nous. Ne nous améliorez sous aucun prétexte ! Laissez-nous éternellement tels que nous sommes, c’est très bon ! Si on ne vous satisfait pas, allez ailleurs et créez quelqu’un d’autre ! Ne touchez à rien ! Laissez-nous les couleuvres et les guêpes et les gros rhumes — c’est si bon d’éternuer ! Et si vous devez absolument nous aider, manifestez-vous en nous de temps en temps comme un aphrodisiaque !

- Vous n’aurez pas un sou de moi, grogna Willie.

- Que Monsieur se rassure, dit Bedbern, en se levant. Si je peux faire sourire Monsieur... Un sourire, un simple sourire sur son auguste visage et je serai largement récompensé... Pour le reste...

Il baissa timidement les yeux.

- Si Monsieur veut bien me dire parfois ces simples mots : « Pauvre petit fils de pute... ».


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Je ne lis pas grand chose d'autre, tant ce bouquin est hypnotisant. C'est peut-être mal.

 

Peinture d'Edward Hopper.

 

 

Par Anthony - Publié dans : Culture
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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 22:29

 

Il était une fois un vieil homme assis à l’entrée d’une ville du Moyen-Orient.

Un jeune homme s’approcha et lui dit : 
- Je ne suis jamais venu ici ; comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?

Le vieil homme lui répondit par une question : 
- Comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? 
- Egoïstes et méchants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’étais bien content de partir, dit le jeune homme. Le vieillard répondit : 
- Tu trouveras les mêmes gens ici.

Un peu plus tard, un autre jeune homme s’approcha et lui posa exactement la même question. 
- Je viens d’arriver dans la région ; comment sont les gens qui vivent dans cette ville ? Le vieil homme répondit de même : 
- Dis-moi, mon garçon, comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? 
- Ils étaient bons et accueillants, honnêtes ; j’y avais de bons amis ; j’ai eu beaucoup de mal à la quitter, répondit le jeune homme. 
- Tu trouveras les mêmes ici, répondit le vieil homme.

Un marchand qui faisait boire ses chameaux non loin de là avait entendu les deux conversations. Dès que le deuxième jeune homme se fut éloigné, il s’adressa au vieillard sur un ton de reproche : 
- Comment peux-tu donner deux réponses complètement différentes à la même question posée par deux personnes ? 
- Celui qui ouvre son coeur change aussi son regard sur les autres, répondit le vieillard. Chacun porte son univers dans son coeur.


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Photo du peintre Zao Wou-Ki.

 

Par Anthony L.
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /Jan /2010 13:27
Mesdames et messieurs, je voudrais vous faire partager quelque chose.

"Il serait temps, franchement. Il ne fait rien de ses journées, c'est un fainéant fini, qui finira en crétin des Alpes, ce bon à rien !"

Étant la conséquence il y a de cela quelques mois d'un besoin profond, vital, cet appel de l'immobilisme apparemment improductif s'est révélé par la suite être une félicité suprême.

Je vous citerai (pour la deuxième fois, je le conçois) un passage de Qu'ai-je donc fait de Jean d'Ormesson :

"Je voudrais crier aux jeunes gens dévorés de l'envie de laisser un nom dans ce monde qu'il y a quelque chose de mieux que de voyager : c'est de ne rien faire. Il y a quelque chose de mieux que d'avoir des aventures : c'est d'en inventer. Il y a quelque chose de mieux que de s'agiter : c'est de s'ennuyer. "

Vous n'avez bien sûr pas le droit de le critiquer, c'est un académicien. Et toc.

Plus sérieusement, il apparaît comme primordial de devoir, une fois dans sa vie, s'ennuyer vraiment. Je tournerais cela à mon avantage, en disant que la plupart des êtres humains ont peur de s'ennuyer : peur de penser, peur d'être improductif, peur d'être montré du doigt. Mais puisque c'est, avant d'être cette félicité, un besoin humain, tout le monde s'ennuie. Et puisque cela est mal vu, tout le monde culpabilise.

Je vous affirme d'ores et déjà, mesdames et messieurs, que je m'ennuie sans culpabilité, et que cela fait de moi un être digne ! Et toc.

Plus sérieusement (oui, je sais...), l'ennui vous permet de vous poser réellement, et d'être libre. Par libre, j'entends de se lever le matin sans savoir quoi faire, et donc, presque par contradiction, de faire ce que l'on veut. Acquittés de toutes vos entraves, vous vivez réellement. Je ne vous parle bien évidemment pas de rester une larve dans son lit jour après jour, alternant entre débilité et état de comat profond. Non, je vous parle de faire ce qui plaît. De vous lever, d'aller lire, puis de vous promener, de vous asseoir près d'un arbre, de penser, rire, réfléchir. Être heureux.

Cela fait très cliché, c'est sûr, mais pourquoi avoir peur de ce genre de clichés ? Pourquoi avoir peur d'être heureux un petit moment ? Je vous citerai Alexandre Jardin, de son livre Le Zubial :

"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent."

L'onirisme fait partie intégrante de l'être humain. J'ai décidé de rêver véritablement, non pas comme le romantisme niaiseux et suicidaire, mais comme l'émerveillement de chaque instant, qui commence par le refus à court terme de toute contrainte, et l'acceptation à long terme de son bien être véritable.

Pour finir (ce qui devait être au départ la chair de cet article...), voilà une émission que j'ai découverte et qui vaut la peine d'être regardée. Grâce à elle, j'ai renoué avec la scène française qui offre un spectacle riche et vrai ; et avec la scène international, qui n'est quelques fois pas aussi pédante que l'on ne croit.

Commençons par un très beau duo entre Coeur de pirate et Julien Doré. La voix de monsieur ne servant qu'à soutenir celle de la demoiselle... Très beau.


Continuons par deux autres vidéos. La première étant un solo d'Olivia Ruiz, dont la folie côtoie la justesse avec un goût surprennant ; la seconde étant un duo entre elle et son compagnon, Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos (je vous conseille le très bon album La mécanique du coeur, ainsi que le livre du même nom, un régal de rêve et de magie) :




Puis une très belle prestation de KT Tunstall.


Une de Lady Gaga, qui au-delà de tous ces poncifs se trouve apparemment être une chanteuse hors du commun, une femme pleine d'humour, ayant un univers atypique, bien à elle.

Puis, pour finir, pour mon plaisir personnel : Scarlett Johansson, Relator (parce qu'elle est tout bonnement sublime :))

Et tout ça dans Taratata ! De quoi aller faire tour, le mercredi à 20h30 sur france4 ;)
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 22:12
Un petit extrait d'un bouquin de Romain Gary, s'affirmant de plus en plus comme étant mon auteur préféré.

« Les trésors que j'ai ramenés de là-bas sont immatériels et, lorsque la plume ne s'en saisit pas, ils disparaissent à jamais. Le romancier que je suis, amoureux de ces diamants éphémères, parfois très purs, parfois noirs, mais toujours uniques et bouleversants dans leur mystérieux éclat, est parti à leur recherche vers cette mine de richesse et de pauvreté inépuisable que l'on appelait jadis l'âme humaine - je dis "jadis", car le mot est passé de mode, avec son écho d'au-delà. »



Car bien entendu, tout se joue dans le regard... ou dans l'cigare.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Mercredi 1 juillet 2009 3 01 /07 /Juil /2009 15:01

   [Cet article est sujet à quelques spoils.]

   Antichrist
. Ce nom résonne déjà comme une mise en garde. “Attention mes amis, j’ai la prétention d’être atypique, de bouleverser vos petites vies et de vous mettre une grande claque dans la gueule.”

   Et je peux vous dire que le pari est amplement réussi.

   Ce film traite de ce qui effraie le plus l’être humain : sa propre nature, incontrôlable et inconnue, à travers un fond de christianisme sordide et noir. Dés le début, on nous met dans l’ambiance : le spectateur ne sera pas protégé, mais au contraire exposé à tout ce qu’il va endurer, complètement démuni.
Antichrist met à nu les thèmes qu’il explore, et en fait de même avec la façon qu’il a d’être mis en scène. Noir. Dément. Superbe. Et beau.


Premier choc : le prologue

   D’un esthétique rarement atteint, le spectateur est mis dans la bain très rapidement, et se rend compte qu’il n’en ressortira pas de la même façon. Le tabous n’est pas de rigueur ; les scènes ne sont pas censurées : tout est cru, simplement exposé, réel. C’est cela qui frappe dés le début : la réalisation est brillante, le tout est esthétique, mais sans artifice. Nous touchons de très près l’essence de l’homme.
   Cette essence est personnalisée une première fois par la relation sexuelle, le besoin de se reproduire, procurant un plaisir inégalé ou pouvant tuer une âme, transcendant tout ce qui existe. Deux êtres couchent ensemble, et dans la chambre d’à côté, un enfant de 3 ans se réveille, va voir sa mère en extase. Il retourne dans sa chambre, monte à la fenêtre, et tombe. Il meurt sur le coup, dans la neige, symbole de pureté. Ce sera le seul de tout le film.
   Nous assistons au premier paradoxe que ce film propose : un couple fait l’amour, ce qui est le préambule de la vie, et se faisant, la mère, en jouissant, voit de ses propres yeux son fils mourir, sous un air de Haendel, complétant ce prologue filmé au ralenti. C’est un aspect sûrement désiré de le part de Lars Von Trier, dans sa volonté de tout englober, de ne pas séparer le bien du mal ; la vie de la mort. Un seul mot d’ordre : la nature humaine, avec toute la folie qu’elle va engendrer, sous des airs de romantisme absolu.

Deuxième choc : La trame de l’histoire

 - Première instance de la sainte et cruelle trinité : la douleur.
   
La mère est effondrée, devant la mort se son unique enfant, et son mari, thérapeute, va essayer de l’aider en l’emmenant dans le lieu qui lui inspire le plus de peur : Eden, la forêt où elle passait ses étés avec son fils, à rédiger sa thèse. Le spectateur est mis devant la véritable douleur, sans artifice, et il sent qu’il est prêt à être aspiré dans une spirale destructrice, prémisse d’un choc sans précédent.
 - Le deuil.

   Une fois la douleur passée, la mère angoisse, commence à ressentir physiquement les dégâts de ce désespoir sans nom. Elle passe donc par le deuil, où l’on se rend compte de ce qui se passe, où l’on ne nie plus, où l’on reçoit donc de plein fouet toute l’ampleur d’une abominable réalité. La tension monte de plus en plus. Charlotte Gainsbourg est phénoménale dans le rôle de cette mère dévastée. Les scènes sont de plus en plus insupportables, rien n’est mis à l’écart : ni les cris puissants, stridents du désespoir ; ni scènes de passions où la mère essaie de trouver du réconfort ; ni celles, de plus en plus, de folie et de violence. Le tout est filmé avec une caméra presque immobile, décuplant donc le réalisme de ce que l’on voit, de ce que l’on vit.
 - Le désespoir.

   Après un passage rapide où la mère a passé une bonne nuit, est heureuse et se croit - malgré les réticences et la prudence de son mari - guérie, elle plonge véritablement dans la folie, qui sera son point de non retour. Son mari a commis une grave erreur : il l’a lui-même psychanalysée, et s’est donc voilé la face, en essayant de trouver le problème partout sauf à l’intérieur même de cette femme que l’on croit maintenant possédée, à l’image des sorcières du XVIe siècle, sujet de sa thèse. Elle ne se contrôle plus, et devient un véritable démon, qui, on le comprend, serait la véritable nature de l’être humain... ou plus précisément de la femme.
Ce démon, on le voit, possède entièrement la femme qui subit. Le plaisir a une dimension presque divine, et retrace tout le film : c'est quand elle prend du plaisir qu'elle voit son fils mourir. Depuis cet instant, le plaisir a une double facette : elle en a besoin, mais culpabilise. C'est pourquoi elle demande à son mari de la battre lors de leurs ébats ; c'est pourquoi elle se coupe le clitoris : ultime douleur la forçant à renoncer au plaisir, au désir. Cet acte plus que violent est à l'image paradoxale de ce film brillant.
Le réalisateur prouve à cet instant que l’enfer, le véritable 9è cercle de Dante se situe dans notre âme ; que nous essayons par tous les moyens de nous socialiser, de refouler cette nature impitoyable, mais qu’un événement peut raviver, faisant ressortir l’être immonde, se substituant à l’individu factice que nous étions, et cela très rapidement. 
Car le mari se rend compte que sa femme est emprise depuis déjà longtemps à cette folie avant inconsciente, et que le choix de sa thèse n’était pas anodin. Il se rend compte que sa propre femme inversait inconsciemment les chaussures de son enfant, lui imposant une douleur intense, causant une malformation du pied, - et nous pouvons le deviner - le faisant perdre l’équilibre au début du film, le menant à la mort. 
La nuance est donc présente : la folie de l’être humain n’apparaît pas par magie, en cet instant : elle est bel et bien lattante, se révélant quand le conscient devient trop faible.

Troisième choc : l’épilogue

   Le mari tue sa femme pour sauver sa propre vie, et malgré des hallucinations, il réussit à garder le contrôle. Misogynie (ce meurtre sous-entend l'impossibilité pour l'homme de sauver la femme, irrécupérable), simple coïncidence, ou volonté du réalisateur de prouver la différence entre la faiblesse de la femme, biblique, emprise à la folie ; et la force de l’homme, posé, calme, pragmatique. Les allusions au mythe et à la religion catholique ne sont encore une fois pas anodines : Eve et le pêché originel sont omniprésents ; Eden, le nom de la forêt ; le sujet de thèse. Tout est également coupé en trois, et : 3 parties ; 3 sous parties à l’intérieur de l’histoire et 3 étapes, donc, par lesquelles passe la mère ; les 3 mendiants, superstition structurant le film et qui dit qu’une fois réunis, quelqu’un doit mourir : ce sera le cas pour l’enfant et la mère. Simple superstition néanmoins car à chaque décès, une explication rationnelle peut exister.


   Ce film est horrible. Les scènes sont montrées avec un réalisme peu commun, où rien n’est épargné au spectateur. Les thèmes abordés nous font tous peurs, et nous ont tous interpellés au moins une fois, mais nous les avons évidemment refoulés. Ce film les ressort et c’est en cela qu’il est dérangeant. Les critiques diront qu’il veut choquer sans véritable fond ; permettez-moi de vous dire que ceux-là n’ont pas compris, et j’espère vous l’avoir démontré. Car au-delà de ces scènes insupportables, Antichrist est un film profond, tellement profond que je n’ai pas réussi à tout dire, que je n’ai pas réussi à structurer l’article comme je le voulais, et que je n’ai pas dû saisir tout ce que le film offrait.

   Au-delà de ces scènes insupportables - et pour finir l’article -, ce film, je le disais, est beau. Il l’est par sa réalisation, par la justesse des acteurs (Willem Dafoe est tout aussi remarquable, seul soutien d’un spectateur recevant de plein fouet la folie et la perversité de Charlotte Gainsbourg). Il l’est, enfin et surtout, par la formidable preuve d’amour dont fait part le mari, en essayant jusqu’au bout de sauver sa femme, au péril de sa santé mentale, et de sa vie.


   
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 13:53
La question : Pourquoi la Mini a-t-elle traversée la route ?

RENÉ DESCARTES : Pour aller de l'autre côté.
PLATON : Pour son bien. De l'autre côté est le Vrai.
ARISTOTE : C'est la nature de la Mini de traverser les routes.
KARL MARX : C'était historiquement inévitable.
CAPITAINE JAMES T. KIRK : Pour aller là où aucune autre Mini n'était allée auparavant.
HIPPOCRATE : En raison d'un excès d'une remontée d'huile de son moteur.
MARTIN LUTHER KING JR. : J'ai la vision d'un monde où toutes les Mini seraient libres de traverser la route sans avoir à justifier leur acte.
MOISE : Et Dieu descendit du paradis et Il dit à la Mini : " Tu dois traverser la route". Et la Mini traversa la route et Dieu vit que cela était bon.
RICHARD M. NIXON : La Mini n'a pas traversée la route, je répète, la Mini n'a JAMAIS traversé la route.
NICOLAS MACHIAVEL : L'événement important c'est que la Mini ait traversée la route. Qui se fiche de savoir pourquoi ? La fin en soi de traverser la route justifie tout motif quel qu'il soit.
SIGMUND FREUD : Le fait que vous vous préoccupiez du fait que la Mini ait traversée la route révèle votre fort sentiment d'insécurité sexuelle latente.
BILL GATES : Nous venons justement de mettre au point la nouvelle Mini Office XP", qui ne se contentera pas seulement de traverser les routes, mais ne tombera pas en panne, rangera vos dossiers importants, etc.
BOUDDHA : Poser cette question renie votre propre nature de la Mini.
GALILEE : Et pourtant, elle traverse.
ERIC CANTONA : La Mini, elle est libre la Mini. Les routes, quand elle veut elle les traverse.
CHARLES DE GAULLE : La Mini a peut-être traversée la route, mais elle n'a pas encore traversée l'autoroute !
JACQUES CHIRAC : Parce que je n'ai pas encore dissous la route.
L'EGLISE DE SCIENTOLOGIE : La raison est en vous, mais vous ne le savez pas encore. Moyennant la modique somme de 10 000 € par séance, plus la location d'un détecteur de mensonges, une analyse psychologique nous permettra de la découvrir.
BILL CLINTON : Je jure sur la constitution qu'il ne s'est rien passé entre cette Mini et moi.
EINSTEIN : Le fait que ce soit la Mini qui traverse la route où que ce soit la route qui se meuve sous la Mini dépend uniquement de votre référentiel.
ZEN : La Mini peut vainement traverser la route, seul le Maître connaît le bruit de son ombre derrière le mur.
JEAN-PIERRE RAFFARIN : La Mini n'a pas encore traversée la route, mais le gouvernement y travaille.
JEAN ALESI : Je ne comprends pas, théoriquement, la Mini elle avait le temps de passer.
NELSON MONTFORT : J'ai à côté de moi l'extraordinaire Mini qui a réussi le formidable exploit de traverser cette superbe route:
" Why did you cross the road ? "
" Vroom Vroom !"
"Eh bien elle dit qu'elle est extrêmement fière d'avoir réussi ce challenge, ce défi, cet exploit. C'était une traversée très dure, mais elle s'est accrochée, et..."

RICHARD VIRENQUE : C'était pas un lapin ?
ORANGINA ROUGE : Paskeeeeeeuuuuuhhhh
KEN LE SURVIVANT : Peu importe, elle ne le sait pas mais elle est déjà morte.
JEAN-CLAUDE VANDAMME : La Mini la road elle la traverse parce qu'elle sait qu'elle la traverse, tu vois la route c'est sa vie et sa mort, la route c'est Dieu c'est tout le potentiel de sa vie, et moi Jean Claude Super Star quand je me couche dans Timecop quand le truck arrive je pense à la Mini et a Dieu et je fusionne avec tout le potentiel de la life de la road ! Et ça c'est beau !
FOREST GUMP : Roule Mini Roule !!!
STALINE : La Mini devra être fusillée sur le champ, ainsi que tous les témoins de la scène et 10 autres personnes prises au hasard, pour n'avoir pas empêché cet acte subversif.
GEORGE W. BUSH : Le fait que la Mini ait pu traverser cette route en toute impunité malgré les résolutions de l'ONU représente un affront à la démocratie, à la liberté, à la justice. Ceci prouve indubitablement que nous aurions dû déjà bombarder cette route depuis longtemps. Dans le but d'assurer la paix dans cette région, et pour éviter que les valeurs que nous défendons ne soient une fois de plus bafouées par ce genre de terrorisme, le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique a décidé d'envoyer 17 porte-avions, 46 destroyers 154 croiseurs, appuyés au sol par 243 000 G.I. et dans les airs par 846 bombardiers, qui auront pour mission au nom de la liberté et de la démocratie, d'éliminer toute trace de vie dans les garages à 5000 km à la ronde, puis de s'assurer par des tirs de missiles biens ciblés, que tout ce qui ressemble de près ou de loin à une Mini soit réduit à un tas de cendres et ne puisse plus défier notre nation par son arrogance. Nous avons décidé qu'ensuite, ce pays sera généreusement pris en charge par notre gouvernement, qui rebâtira des garages suivant les normes de sécurité en vigueur, avec à leur tête, un Van démocratiquement élu par l'ambassadeur des Etats Unis. En financement de ces reconstructions, nous nous contenterons du contrôle total de la production d'huile de la région pendant 30 ans, sachant que les habitants locaux bénéficieront d'un tarif préférentiel sur une partie de cette production, en échange de leur totale coopération. Dans ce nouveau pays de justice, de paix et de liberté, nous pouvons vous assurer que plus jamais une Mini ne tentera de traverser une route, pour la simple bonne raison, qu'il n'y aura plus de routes, et que les Mini n'aurons plus de roues. Que Dieu bénisse l'Amérique.
La FSE : Au goulag, la mini-social-traitre ! (dédicace à mes amours de bloqueurs que je ne comprendrai jamais ^^)


   Et on remercie Nelly pour m'avoir passé le site sur lequel j'ai pris l'article (avec quelques modifications, j'avoue !). Aussi, si vous avez des ajouts à proposer, n'hésitez pas !

 
Par Anthony L.
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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 15:56

Frodon : Je voudrais que l'anneau ne soit jamais venu à moi. Que rien de tout ceci ne se soit passé.

Gandalf : Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres. Mais ce n'est pas à eux de décider. Tout ce que vous avez à décider est quoi faire du temps qui vous est imparti.
 

Tiré du film Le Seigneur des anneaux ; La communauté de l'anneau.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Mardi 14 avril 2009 2 14 /04 /Avr /2009 16:12
    Il marchait. Il marchait vers l’inconnu. Pour oublier ? Pour se souvenir ? Il ne savait pas vraiment. Il ignorait même si la destination était l’inconnu, cet étrange concept, différent pour chaque être, mais semblable à tous. Non, il marchait, il ne faisait que cela. Il ne fuyait rien, il n’approchait d’aucun but. Ce qu’il venait de vivre lui enlevait ce poids, cette chaîne. Il marchait en homme libre. Libre de toute contrainte, libre de toute espérance, peine, joie. Néanmoins, le prix à payer avait été terrible, à la mesure et à la démesure de ce qu’il vivait aujourd’hui.
    Vivre. Par quel critère peut-on affirmer que telle personne est en vie ? Est-ce l’apparence physique, cette illusion qui permet à tout être de se reconnaître parmi les siens ? Est-ce l’intellect, tous ces attraits moraux et abstraits que l’on ne peut vraiment qualifier, mais qui sont malgré tout reconnaissables ? Est-ce, donc, la culture et autres “je sais donc je suis” ? La fierté, le sens du devoir, le respect ? Ne serait-ce pas, finalement, uniquement ce coeur qui bat ?
    Vivre. Ce sentiment aux antipodes de ce qu’il ressent, mais qui procure la même sensation de liberté. Se sentir vivant. Essayer de donner une définition de la vie est peut-être vain. Tout reposerait peut-être sur l’acquisition de cette appartenance. La certitude que la vie est en nous, qu’elle respire au plus profond de notre être.
    Si l’on part d’un de ces principes, il peut se considérer comme un homme mort. Son coeur bat, mais il est un automate perdu au milieu de tant d’organes, inertes et inutiles. Une pompe, une simple pompe. Tout le reste est vain. Il ne se sent plus vivre, ne réfléchit plus, ne possède plus la moindre once de fierté, plus rien. Un ermite. Rien.
    Son apparence suit la même logique. De taille moyenne, on ne le verraitt pas dans la foule qu’il évite, d’ailleurs. Des cheveux bruns, des yeux noirs de jais qui trahissent une beauté froide, sans équivoque. Oui, il a déjà pu être qualifié d’homme séduisant, malgré sa carrure fine. Néanmoins, son allure se corrèle à son âme et à sa santé intérieure. Ancien esthète d’un monde qu’il aimait, rempli de personnes qu’il respectait, malgré tout. Ancien optimiste convaincu, sûr d’une chose : quoiqu’il qu’il arrive, tout finit toujours par s’arranger.

    Cette phrase, il se l’était répétée des dizaines de milliers de fois, comme pour s’en convaincre. Cette phrase faisait partie de lui, s’était incrustée à force d’être invitée. Elle l’habitait. Du moins, elle l’a habité, un temps, car aujourd’hui, en ce jour de printemps, rien ne l’habite plus. Marchant à travers cette nature abondante - seul paysage qu’il tolère dorénavant - il se sait plus vivant que jamais. Ôtant toute pensée, toute joie comme toute peine ; il vit simplement, au jour le jour. Certains diront qu’il a perdu tout ce qui faisait de lui un humain... d’autres, moins nombreux, penseront qu’il a réalisé ce que peu d’hommes ont réussi : la totale abnégation de lui-même, la paix intérieure poussée à son paroxysme.
    En l’observant, on pouvait penser ceci : qu’il ne réfléchissait même plus, et dans un sens, c’était le cas. Il ressentait d’avantage, ouvrant les yeux sur la beauté du monde, sur les vagues de lumière que propose chaque jour - spectacle gratuit - ce soleil réchauffant avec une douceur réconfortante, implorant le pardon d’une absence qui dura le temps d’une saison, réveillant tout ce que permit une beauté froide, glaciale et implacable et qui devenait, petit à petit, l’apanage d’un printemps magique, saison parfaite où tout est tempéré, ni trop ni trop peu, nuancé à l’extrême, intimidant tout être normalement constitué.
    C’est cela qui fut à l’origine de son départ : la décadence d’un monde où tout fuit, où tout nous échappe. Une civilisation faite de consommation, dont l’essence constelle de ce qui nous use. Un monde si compliqué, si confus, où l’être intelligent est le plus respecté, aux dépends de l’homme sage, de l’homme posé, de l’homme émerveillé.

    Un besoin constant de prendre le large s’était affermi au fur et à mesure de son dégoût de ce qui fait l’homme - et non pas de l’homme en lui-même.

    Néanmoins, au cours de cette fuite, la solitude prit le pas sur la souffrance qu’il avait due subir pour arriver à cet état. Il se sut homme parmi les hommes et rejoignit son destin. Il comprit que la naissance avait cette horrible force qu’elle nous privait à jamais de ce qu’elle ne nous donnait pas.

    Il comprit que ce qu’il avait vécu ne pouvait s’estomper, que cette éducation avait fait de lui l’homme qui l’habitait en ce moment, et qui l’habitera à jamais.

    Il comprit cependant, à travers cette fuite à destination de lui-même qu’on pouvait toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous, et que nos choix étaient plus importants et plus réels que n’importe quel autre concept.

    “Je te hais” avaient été ses derniers mots.

    “Je t’aime” furent ses premiers, quand il revînt parmi les siens.



Peinture de Joaquin Sorolla.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Perso
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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /Avr /2009 12:57
    « À la fin du XIe siècle, la ville d'Antioche fut assiégée pendant huit mois par les chrétiens de la première croisade. Les musulmans défendirent leurs biens, aussi longtemps que possible. Lorsque les croisés faisaient des prisonniers, ils les décapitaient puis lançaient les têtes par-dessus le mur d'enceinte, autant pour impressionner que pour répandre les maladies. Fermons les yeux un court instant de notre existence et réveillons-nous entre ces murs tremblants sous l'impact des pierres ennemies. Il y a ces hommes, ces femmes et ces enfants qui voient l'armée occidentale s'approcher dans la nuit. Entre les torches vacillantes, les armures sans visages, les machines de guerre, et les paniers plein de têtes coupées. Les fortifications d'Antioche sont sur le point de céder, rien n'arrêtera plus les chrétiens à présent. Ils vont déferler dans les rues, traînant la mort sous leurs capes et dans le reflet inique de leurs lames. Les hommes sentent leurs poitrines se creuser à l'approche du massacre, les femmes ont le sang qui tourne dans leur ventre et les enfants pleurent silencieusement. Ils savent qu'ils vont mourir, et la peur rend à présent leurs larmes plus acides que la haine. Des milliers de regards chancellent alors, tandis que le bélier enfonce la grande porte. Ca y est, tout est fini. La mort est rentrée. »



Maxime Chattam - In tenebris
Peinture de Albert Goodwin - Cairo.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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Présentation

Extraits

- Ma colombe ! - et que ces mots avaient donc besoin de t'être rendus ! - Rien ne vaut d'être tenté que le goût de tes lèvres ne pourrait accomplir, et l'on peut peut-être vivre loin d'elles, mais à la manière d'un exil... (Les Clowns Lyriques, de Romain Gary).
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