Âme humaine
Les frères Karamazov, de Dostoïevski.
Théâtre
...
Littérature
- La peste, d'Albert Camus
Dans un futur proche :
- Jules César, de Shakespeare
- Innocent, d'Harlan Coben
- Le loup des steppes, de Hermann Hesse (en vous conseillant de lire Demian, avant tout
:))
Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J'allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce :
- Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s'est récrié : - Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. À chaque instant
L'ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête.
Vous démolissez tout. - Et j'ai baissé la tête,
Et j'ai dit : - Je n'ai rien à répondre à cela,
J'ai tort. Oui, c'est avec ces indulgences-là
Qu'on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu'on me mette au pain sec. - Vous le méritez, certe,
On vous y mettra. - Jeanne alors, dans son coin noir,
M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l'autorité des douces créatures :
- Eh bien, moi, je t'irai porter des confitures.
L'art d'être grand-père. Victor Hugo.
Peinture de Jean-Baptiste Camille Corot - La dame en bleu
“ - Notre Père qui êtes au ciel, pria-t-il. Permettez-nous de nous élever ! Permettez-nous d’accéder à la surface, rendez-nous superficiels ! Donnez-nous un millimètre de profondeur, permettez-nous enfin d’être simples comme bonjour ! Rendez-nous le goût du rose et du bleu, du tendre et du charmant, apprenez-nous à nous servir d’un chien, d’une forêt, d’un coucher de soleil, du chant des oiseaux ! Libérez-nous du mal, libérez-nous des abstractions, rendez-nous nos esprits ! Ô Vous grand Willie (son interlocuteur, un producteur de cinéma américain qu’il prend ironiquement pour Dieu, N.B.) qui êtes au ciel, apprenez-nous le ruisseau, et le sommeil dans l’herbe, rendez-nous l’herbe, le brin d’herbe entre les dents et la touffe d’herbe sous la nuque ! Comment fait-on ça, comment fait-on ça ? Prenez nos plus hautes institutions et faites-nous vivre au lieu de ça en Corse, dans une chanson de Tino Rossi ! Que notre vie ait toute l’élévation de sa voix, toute la variété de ses rimes ! Sauvez-nous du blanc et du noir, réconciliez-nous avec le gris, avec l’impur, gardez la pureté pour Vous et apprenez-nous à nous contenter du reste ! Ô vous qui pouvez tout, donnez-nous la midinette et les moyens de s’en servir ! Rendez-nous le secret du coït simple comme bonjour où l’on ne risque pas de se casser les jambes à force de s’entortiller ! Rendez-nous les clairs de lune, la valse, permettez-nous de mettre genou à terre devant une femme sans ricaner ! Ô Vous, formidable et colossal, ô Vous, absolument inouï ! sauvez-nous du ricanement et de l’analyse, sauvez-nous des élites, faites régner sur nous un rêve de jeune fille ! Ô Vous ! absolument invraisemblable par plusieurs côtés, rendez-nous la sérénade et l’échelle de corde, le sonnet et la feuille sèche entre les pages d’un livre, mettez Roméo et Juliette au Kremlin (l’histoire se passe dans les années 1950, N.B.) ! Ô Vous qui avez créé les abîmes et le Kilimandjaro, rendez-nous enfin l’usage du superficiel ! Sauvez-nous du hara-kiri de l’introspection ! Libérez-nous des traités hautement sérieux et du narcissisme, prenez l’homme et dénouez-le ! Il s’est entortillé en un noeud tellement inextricable que, de tous les côtés, on veut le couper sous prétexte de le libérer ! Permettez-nous de croire à la virginité et aux petites valeurs humaines, qu’elles reviennent à nous avec leur pain et leur sel, libérez-nous de nos scaphandres, laissez-nous seulement quelques douces bulles d’air et donnez-nous la simplicité nécessaire pour embrasser une femme sur les lèvres seulement ! Prenez le génie et rendez-nos le talent ! Ô Vous qui connaissez si bien l’histoire, n’en faites plus ! Laissez-nous petits et aimables ! Arrêtez tout et vérifiez soigneusement nos mesures : nous sommes sortis de nos dimensions ! Nous sommes devenus trop grands pour notre petitesse ! Pour vous y retrouver, c’est bien simple : écoutez nos cris quand nous faisons l’amour, rappelez-vous ainsi qui nous sommes, réglez-vous là-dessus ! Avant de créer de nouveaux Staline et toute la ribambelle de géniaux pères des peuples, écoutez longuement le choeur des hommes et des femmes qui font l’amour : retenez-vous. Laissez-les continuer. Ne les dérangez sous aucun prétexte. Gardez le génie pour Vous : Vous en avez singulièrement besoin, c’est un homme qui vous le dit. Je sais bien que ça manque d’idéal : gardez l’idéal et l’absolu pour vous, ô Vous, qui n’avez jamais fréquenté les petites femmes ! Sauvez-nous des partouzes idéologiques, rendez-nous le couple ! Permettez-nous de ne pas être tous heureux ensemble et en même temps et d’être heureux quand même ! Ô Vous, pour qui l’amour n’est que le petit besoin des hommes, laissez-nous à notre petit besoin ! Laissez-nous par couples, empêchez les grappes ! Rendez-nous le goût des duos ! Soutenez les barcarolles contre les hymnes, les sérénades contre les choeurs, épargnez, au coeur des grandes symphonies, le petit son de la flûte ! Soutenez-le, rendez-le perceptible ! Sauvez-nous des Wagner du vécu, des Wagner du sué, du saigné, du bâti, de l’arraché, donnez-nous le goût de la fragilité ! Prenez à nos graves penseurs le goût de l’esthétique et donnez-leur le sens de la beauté ! D’ailleurs, rendez-nous le goût du joli ! Réhabilitez à nos yeux le goût, le goût qui se cache, rampant, misérable et persécuté par l’écrasante catastrophe du beau ! Ô Vous qui pouvez, sur le papier, les choses les moins vraisemblables, rendez-nous le goût de la boucle des cheveux et du médaillon sur le coeur ! Ô Vous, qui pouvez tout, sur le papier, sauvez-nous de l’organigramme, du programmé, du perforé, et de l’épure ! Rendez à nos fils le goût du jupon qui frémit et la merveilleuse découverte de la cuisse de plus en plus tendre — chez les mignonnes, les ailes et les cuisses sont servies ensemble. Faites que nos mignonnes ne s’arrêtent jamais de faire de la bicyclette, sauvez-nous des puritains, sauvez-nous des puritains, sauvez-nous des puritains ! Prenez les puritains et faites-en absolument ce que vous voulez, mais je vous suggère ceci : faites-les vivre dans les dessous d’une fille, qu’ils respirent ! Mais surtout, ô Vous ! qui êtes capable de tout ! ne faites rien pour nous. Ne nous améliorez sous aucun prétexte ! Laissez-nous éternellement tels que nous sommes, c’est très bon ! Si on ne vous satisfait pas, allez ailleurs et créez quelqu’un d’autre ! Ne touchez à rien ! Laissez-nous les couleuvres et les guêpes et les gros rhumes — c’est si bon d’éternuer ! Et si vous devez absolument nous aider, manifestez-vous en nous de temps en temps comme un aphrodisiaque !
- Vous n’aurez pas un sou de moi, grogna Willie.
- Que Monsieur se rassure, dit Bedbern, en se levant. Si je peux faire sourire Monsieur... Un sourire, un simple sourire sur son auguste visage et je serai largement récompensé... Pour le reste...
Il baissa timidement les yeux.
- Si Monsieur veut bien me dire parfois ces simples mots : « Pauvre petit fils de pute... ».
Je ne lis pas grand chose d'autre, tant ce bouquin est hypnotisant. C'est peut-être mal.
Peinture d'Edward Hopper.
Il était une fois un vieil homme assis à l’entrée d’une ville du Moyen-Orient.
Un jeune homme s’approcha et lui dit :
- Je ne suis jamais venu ici ;
comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?
Le vieil homme lui répondit par une question :
- Comment étaient les gens
dans la ville d’où tu viens ?
- Egoïstes et méchants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’étais bien
content de partir, dit le jeune homme. Le vieillard répondit :
- Tu trouveras les mêmes gens ici.
Un peu plus tard, un autre jeune homme s’approcha et lui posa exactement la même question.
- Je viens d’arriver dans la région ; comment sont les gens qui vivent dans cette ville ? Le vieil homme répondit de même :
- Dis-moi, mon garçon, comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ?
- Ils étaient bons et accueillants, honnêtes ; j’y avais de bons amis ; j’ai eu beaucoup de mal à la quitter, répondit
le jeune homme.
- Tu trouveras les mêmes ici, répondit le vieil homme.
Un marchand qui faisait boire ses chameaux non loin de là avait entendu les deux conversations. Dès que le deuxième jeune homme se fut éloigné, il s’adressa au
vieillard sur un ton de reproche :
- Comment peux-tu donner deux réponses complètement différentes à la même
question posée par deux personnes ?
- Celui qui ouvre son coeur change aussi son regard sur les autres,
répondit le vieillard. Chacun porte son univers dans son coeur.
Photo du peintre Zao Wou-Ki.
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