Âme humaine


    « Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : "Faisons le bouffon, je ne crains par votre opinion, car vous êtes tous, jusqu'au dernier, plus vils que moi !" Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n'est que par timidité que je fais le crâne. Car si j'étais sûr, en entrant, que tous m'accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon ! »

Les frères Karamazov
, de Dostoïevski.

 
Samedi 26 avril 2008
 

   L'histoire incroyable de Temudjin, dit Genghis Khan racontée admirablement et mise en scène avec brio par Sergei Bodrov. Nous voyons à travers ce film - le premier d'une trilogie - tout ce dont auquel je crois, à travers "[leurs] lois, [qui] sont simples. Ne jamais trahir son Khan. Ne jamais tuer de femmes ni d'enfants. Honorer ses dettes."

    Cela peut paraître bête, et ces lois sont heureusement dépassées, mais j'aime ce qu'elles représentent. Il y a d'abord la notion de respect. Respecte celui qui te commande, et attends qu'il te respecte en retour. Respecte les personnes plus faibles, mais attends qu'elles n'en profitent pas.

    Ces guerriers intraitables, Genghis Khan a su leur inculquer une ligne à suivre. Ils tuaient, mais respectaient. Cela n'est pas contradictoire. Aujourd'hui, la société est telle qu'on ne peut avoir un différent sans respecter l'autre. On ne peut faire la guerre sans être immoral. Le succès par tous les moyens que ce soit a pris le pas sur les valeurs que je trouve universelles et très importantes. Ce n'est plus le plus fort qui gagne, mais le plus mesquin. C'est ce qui fait, à mon sens, l'illégitimité des victoires (de toute nature qu'elles soient) contemporaines.

    Je corrélerais ce que je viens de dire à nos relations de tous les jours. Le respect dans le monde du travail, entre des inconnus, entre des amis... On n'hésite pas à blesser la dignité d'une personne que l'on est censé apprécier (ou pas, cela revient presque au même).

    La démocratie nous a appris à être libre, à ce que la souveraineté nous appartienne, que l'on devienne les rois, car étant nés en consommateurs, nous avons toutes les cartes en main, même si nous ne les distribuons pas. Nous ne croyons plus en rien, ne respectant plus aucune règle qui ne serait qu'une contrainte, au lieu de la voir comme une utilité à notre qualité d'homme.

    Je suis persuadé que la démocratie nous va mal, mais comme disait Churchill, c'est le moins mauvais de tous les systèmes. Je préfère la pire des démocraties à la meilleure des dictatures, mais je ne pense pas qu'il s'agissait véritablement d'une dictature, au temps de Genghis Khan. La population adorait son chef, qui leur rendait la paix dans le territoire uni de la Mongolie. Ce n'est pas parce qu'une nation a un chef ayant tous les pouvoirs qu'il en profite forcément. C'est devenu monnaie courante de nos jours, mais c'est une erreur d'avoir ce genre d'idée reçue. C'est parce que le respect a disparu, que la confiance est inexistante que l'on préfère diviser le pouvoir en autant d'habitants, que l'on doit supprimer les règles, en ayant uniquement celles que nous nous fixons.

    Mais dites-moi, quelles règles avons-nous ? Je n'en vois plus énormément. Le trop plein de liberté nous a rendu faible.

    La relation homme / femme a aussi énormément changé. Il y a une différence des rôles que doivent jouer l'époux et l'épouse, qui disparaissent aujourd'hui, sous l'impulsion du mouvement féminisme, et de l'égalitarisme grandissant dans notre société. Auparavant, l'homme se battait pour son pays, et la femme existait pour produire des hommes forts, et s'occuper du domaine en l'absence de son mari. Aujourd'hui - heureusement -, il n'y a plus de guerre sur notre territoire. L'homme ne se bat plus. La femme devrait donc être exactement comme l'homme, car elle se pense opprimée dans le cas contraire. Ce qu'elle représente est dénigrée, alors qu'il ne le devrait pas. Elle n'est plus fière de ce qui sont son unicité, sa distinction. Nous mélangeons donc aujourd'hui tous les rôles, et ne comprenons plus rien. Dans ce film, l'épouse sait rester à sa place, mais le mari ne l'ignore pas non plus. Les deux savent ce qu'il leur reste à faire, et cela n'empêche pas la femme d'être respectée et aimée, au contraire.
    La femme veut aujourd'hui un homme éfféminé, mais qui peut être fort. Il la protège, mais il doit se la fermer, et s'occuper également de tâches auparavant typiquement féminines. Je trouve cela contradictoire. L'homme est devenu inutile. Ce qu'il représentait ne vaut plus rien. La femme devrait se suffir à elle-même, et l'homme contraint à être à ses ordres. C'est une véritable remise en cause qu'offre la démocratie, et je le regrette. Il y avait certes besoin d'un changement, mais celui-ci est trop brutal, trop extrémiste, et ne favorise (et encore, le favorise-t-il vraiment ?) que la gent féminine.



    Ce n'est plus à la mode de penser ça... Maintenant, il faut être véritablement anarchique : penser par soi même, agir sans aucune contrainte, et vouloir l'égalité à tout prix. À vous de voir...

    Au delà de ces revendications, je trouve ce film très beau. Les musiques sont somptueuses et servent vraiment au film. Les décors sont magnifiques, les costumes très réussis... Les acteurs sont également fabuleux. Tadanobu Asano (jouant le rôle de Temudjin), ainsi que les autres "chefs" des tribus post-unification possèdent un charisme et un regard hors du commun. Khulan Chuluun (jouant le rôle de sa femme) y apparaît douce, forte de caractère... Un film épatant, et également l'un de ceux que j'ai préférés en ce début d'année 2008. À voir, donc. :-)


PS : Après de vives réactions, je tiens à signaler que ce que je dis, ici, ne reflète pas fidèlement et entièrement ce que je pense pour notre société actuelle. J'ai conscience que notre époque ne peut pas être comparée à l'ère mongol du douzième siècle. Ce que j'essaie de montrer, c'est le goût et l'amour que je porte à cette période de l'histoire et aux valeurs qu'elle prône, ainsi que cette passion pour Genghis Khan.
 
Par Anthony Leclerc - Publié dans : Culture
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Mercredi 23 avril 2008





Aucun autre commentaire... la vidéo parle d'elle même, et suffit à raconter ce que je veux :-)
 
Par Anthony Leclerc - Publié dans : Perso
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Vendredi 15 février 2008

    Ainsi, toujours poussés vers de nouveau rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

   Ô lac! l'année à peine a fini sa carrière,
Et après des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

    Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

   Un soir, t'en souvient-il? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

   Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos :
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

   "Ô temps! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

   "Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.

   "Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

   "Aimons donc, aimons donc! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons !"

   Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

   Eh quoi! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi! passés pour jamais! quoi! tout entiers perdus!
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus!

   Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

   Ô lac! rochers muets! grottes! forêt obscure!
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

   Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

   Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

   Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !


Méditations poétiques.

lacBourget.jpg
    Ce poème mélange tant de sentiments à la fois : le calme, la joie, mais aussi la douleur du temps qui passe, et cette certitude effrayante que le bonheur ne durera pas. La nostalgie se mélange au désespoir d'un temps révolu, fini, passé. Tant de sentiments à la fois. N'est-ce pas terrifiant ? Mais n'est-ce pas prodigieux.
    Il écrivit ces vers près du lac du bourget. En effet, il devait s'y rendre une nouvelle fois auprès de sa maîtresse, mais il ne put la revoir : gravement malade, elle mourut peu de temps après. Partagé entre la tristesse, le désarroi et l'agitation qui régissait son esprit, mais aussi entre la quiétude que lui inspirait cet endroit, et le souvenir si heureux du temps passé auprès d'elle, il sortit de son coeur ce poème que l'on peut trouver lourd (non, elle va pas aimer là, vraiment pas... ^^) mais qui est magnifique.
 
Par Anthony Leclerc - Publié dans : Culture
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Vendredi 8 février 2008

The-secret-life-of-words.png
"Rien ne dit
dans le chant de la cigale
qu'elle est près de sa fin."
Basho


"Tout a brûlé
heureusement, les fleurs
avaient achevé de fleurir."

Hokushi


"Qui se soucie de regarder
La fleur de la carotte sauvage
Au temps des cerisiers ?"
Sodo

 
Par Anthony Leclerc - Publié dans : Culture
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Présentation

Extraits

- Ma colombe ! - et que ces mots avaient donc besoin de t'être rendus ! - Rien ne vaut d'être tenté que le goût de tes lèvres ne pourrait accomplir, et l'on peut peut-être vivre loin d'elles, mais à la manière d'un exil... (Les Clowns Lyriques, de Romain Gary).

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