Âme humaine


    « Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : "Faisons le bouffon, je ne crains par votre opinion, car vous êtes tous, jusqu'au dernier, plus vils que moi !" Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n'est que par timidité que je fais le crâne. Car si j'étais sûr, en entrant, que tous m'accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon ! »

Les frères Karamazov
, de Dostoïevski.

 
Jeudi 26 mars 2009
   Nous y voilà. Après Million Dollar Baby, dramatique à souhait, où l'on se demandait - malgré les très bonnes critiques - s'il servait vraiment à autre chose qu'à nous faire pleurer ; après la duologie (si, si, ça s'dit, j'vous assure) rassemblant Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima, avec des qualités, certes, mais des scènes looongues, très looongues... Clint l'a fait ! Une petite perle, une autre bombe comme je les aime : Gran Torino.

   Clint Eastwood incarne un vieux crouton, nostalgique d'une guerre de Corée qui l'a forcé à devenir marginale, repoussant sa famille, devenant raciste et méchant, ironique, cynique et détestable. Mais ce film serait tout aussi détestable s'il n'y avait eu que cela ! On aperçoit, à travers la nostalgie d'un temps idéalisé mais qui fut réel, une vraie déception de notre présent, des valeurs disparues comme le respect, remplacé par une douce hypocrisie ; le courage par la violence gratuite ; l'amour par l'égoïsme.
    À travers ce film, nous voyons la vie d'un vieil homme qui ne comprend plus le monde qui l'entoure, embrassant à la fin du film son destin, à l'image des anciennes tragédies.

   Il aborde également d'autres sujets : le racisme, donc, incarné par ce même bon vieux Clint. Là encore, à travers des blagues hilarantes, des mimiques très attachantes, cet acteur et réalisateur dénonce une peur et un dédain inconsidéré et inadmissible. Au début méprisant de ses nouveaux voisins asiatiques, il se découvrira plus de points communs avec eux qu'avec sa propre famille, le sang de son sang.

   Ce chef d'oeuvre (vous voyez le crescendo implicite de l'article ? Quel génie...) traite également de l'inébranlable question qui régie le petit crâne désuet de tout être humain : la relation entre la vie et la mort. Tout en ne vous révélant pas exactement ce qui se passe à la fin du film, je peux vous assurer que Walt (Clint dans le film) ne s'est pas senti aussi vivant qu'à la fin du film.

  

   Et Walt... Mais Walt quoi ! Clint Eastwood tient le film à lui seul, charismatique à souhait, puissant, cynique et drôle, bien que finalement touchant. Il ne pourrait y avoir que lui, cette nouvelle perle du 7ème art (j'ai peiné à monter encore en crescendo, après le chef d'oeuvre...) tiendrait encore mille fois la route.










   En ne vous révélant presque rien de l'intrigue et du dénouement  (c'est frustrant, à chaque fois, de parler d'un film - et je me répète - sans trop spoiler...), je peux néanmoins vous conseiller plus que vivement d'aller le voir. Vraiment, sincèrement, en toute franchise, loyauté, vérité (non, yé même pas allé voir un dictionnaire...) : allez voir ce film, il en vaut la peine.



 Photos tirées d'allociné.
 
Par Anthony L. - Publié dans : Culture
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- Ma colombe ! - et que ces mots avaient donc besoin de t'être rendus ! - Rien ne vaut d'être tenté que le goût de tes lèvres ne pourrait accomplir, et l'on peut peut-être vivre loin d'elles, mais à la manière d'un exil... (Les Clowns Lyriques, de Romain Gary).

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