Frodon : Je voudrais que l'anneau ne soit jamais venu à moi. Que rien de tout ceci ne se soit
passé.
Gandalf : Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres. Mais ce n'est pas à eux de décider. Tout ce que
vous avez à décider est quoi faire du temps qui vous est imparti.
Tiré du film Le Seigneur des anneaux
; La communauté de l'anneau.
Par Anthony L.
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« À la fin du XIe siècle, la ville d'Antioche fut assiégée pendant huit mois par les chrétiens
de la première croisade. Les musulmans défendirent leurs biens, aussi longtemps que possible. Lorsque les croisés faisaient des prisonniers, ils les décapitaient puis lançaient les têtes
par-dessus le mur d'enceinte, autant pour impressionner que pour répandre les maladies. Fermons les yeux un court instant de notre existence et réveillons-nous entre ces murs tremblants sous
l'impact des pierres ennemies. Il y a ces hommes, ces femmes et ces enfants qui voient l'armée occidentale s'approcher dans la nuit. Entre les torches vacillantes, les armures sans visages, les
machines de guerre, et les paniers plein de têtes coupées. Les fortifications d'Antioche sont sur le point de céder, rien n'arrêtera plus les chrétiens à présent. Ils vont déferler dans les rues,
traînant la mort sous leurs capes et dans le reflet inique de leurs lames. Les hommes sentent leurs poitrines se creuser à l'approche du massacre, les femmes ont le sang qui tourne dans leur
ventre et les enfants pleurent silencieusement. Ils savent qu'ils vont mourir, et la peur rend à présent leurs larmes plus acides que la haine. Des milliers de regards chancellent alors, tandis
que le bélier enfonce la grande porte. Ca y est, tout est fini. La mort est rentrée. »
Maxime Chattam - In tenebris
Peinture de Albert Goodwin - Cairo.
Par Anthony L.
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Nous y voilà. Après Million Dollar Baby, dramatique à souhait, où l'on se demandait - malgré les très bonnes critiques - s'il servait vraiment à autre chose qu'à nous
faire pleurer ; après la duologie (si, si, ça s'dit, j'vous assure) rassemblant Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima, avec des qualités, certes, mais des scènes looongues,
très looongues... Clint l'a fait ! Une petite perle, une autre bombe comme je les aime : Gran Torino.
Clint Eastwood incarne un vieux crouton, nostalgique d'une guerre de Corée qui l'a forcé à devenir
marginale, repoussant sa famille, devenant raciste et méchant, ironique, cynique et détestable. Mais ce film serait tout aussi détestable s'il n'y avait eu que cela ! On aperçoit, à travers la
nostalgie d'un temps idéalisé mais qui fut réel, une vraie déception de notre présent, des valeurs disparues comme le respect, remplacé par une douce hypocrisie ; le courage par la violence
gratuite ; l'amour par l'égoïsme.
À travers ce film, nous voyons la vie d'un vieil homme qui ne comprend plus le monde qui
l'entoure, embrassant à la fin du film son destin, à l'image des anciennes tragédies.
Il aborde également d'autres sujets : le racisme, donc, incarné par ce même bon vieux Clint. Là
encore, à travers des blagues hilarantes, des mimiques très attachantes, cet acteur et réalisateur dénonce une peur et un dédain inconsidéré et inadmissible. Au début méprisant de ses nouveaux
voisins asiatiques, il se découvrira plus de points communs avec eux qu'avec sa propre famille, le sang de son sang.
Ce chef d'oeuvre (vous voyez le crescendo implicite de l'article ? Quel génie...) traite également de
l'inébranlable question qui régie le petit crâne désuet de tout être humain : la relation entre la vie et la mort. Tout en ne vous révélant pas exactement ce qui se passe à la fin du film, je
peux vous assurer que Walt (Clint dans le film) ne s'est pas senti aussi vivant qu'à la fin du film.
Et Walt... Mais Walt quoi ! Clint Eastwood tient le film à lui seul, charismatique à souhait,
puissant, cynique et drôle, bien que finalement touchant. Il ne pourrait y avoir que lui, cette nouvelle perle du 7ème art (j'ai peiné à monter encore en crescendo, après le chef d'oeuvre...)
tiendrait encore mille fois la route.
En ne vous révélant presque rien de l'intrigue et du dénouement (c'est frustrant, à chaque
fois, de parler d'un film - et je me répète - sans trop spoiler...), je peux néanmoins vous conseiller plus que vivement d'aller le voir. Vraiment, sincèrement, en toute franchise, loyauté,
vérité (non, yé même pas allé voir un dictionnaire...) : allez voir ce film, il en vaut la peine.
Photos tirées d'allociné.
Par Anthony L.
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Imaginez un homme laid. Non, malheureux ! un homme vraiment laid. Voilà, on va dire que c'est bon.
Très laid. Horriblement laid. Merveilleusement laid. Ce qui l'amuse, c'est regarder la façon dont la population lambda le dévisage dans la rue. On essaie de ne pas le regarder, après l'avoir
pourtant remarqué ; on le dévisage avec horreur, sinon avec surprise. Quand un enfant pose une question sur son aspect hétéroclite, le parent lui demande, mal à l'aise, de se
taire.
Imaginez un homme qui n'a vécu et connu que cela. Les rares personnes daignant lui donner un
peu de leurs temps gardent ce regard qu'il subit, même s'il ne veut l'admettre. Il le subit, car, de façon contradictoire qui se présente comme une conséquence - et comme Quasimodo - il agit
comme eux avec une certaine exacerbation et une puissance extremiste : il tombe en extase devant la splendeur d'une jeune femme. Il n'y a bien sûr pas que ça : cette jeune femme le traite en
égal, et voit en lui un être à part ; intéressant. Elle ne nie pas sa laideur, elle l'accepte. Mais ce qui compte, c'est sa beauté. Jamais il n'a vu auparavant un être si beau, souriant et
attirant. Elle est si belle, mais c'est peut-être avant tout parce qu'elle le regarde - et c'est nouveau pour lui - avec des yeux normaux, qui n'ont pas ce dégoût, cette horrible gêne qui l'ont
poussé à détester l'être humain, au profit de la beauté suprême, qu'il croyait inincarnable mais qu'elle représente.
Imaginez que cet homme, au final, quand il agira en être humain à son tour - ayant confiance en
elle -, et lui révélera ses possibles faiblesses, imaginez qu'elle se détourne de lui. Imaginez que la seule personne qu'il estimait lui tourne enfin le dos, quand il eut démystifié ce qui
faisait son unique qualité. Que cette personne, se sentant en position de force, agisse en dictateur et en tyran. Pire, en sadique.
Imaginez un seul instant ce qu'il serait capable de faire.
Vous ne l'imaginez pas ?
Lisez donc Attentats, d'Amélie Nothomb.
Par Anthony L.
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« Toute sagesse dit : le temps est un fleuvre. Mais, en réalité, personne ne se tient jamais sur la
berge des mondes pour en contempler le cours. Tout lestés d'eux-mêmes, les corps flottent dans l'épaisseur qui les étouffe, entourés d'une lumière bleutée de néons, passant entre deux lignes de
néant, sans rien savoir du remuement vert et gris qui les balance et les porte vers nulle part. Le fleuve du temps est sorti de son lit pour recouvrir le cercle sans couture de l'horizon. Il
déverse partout sa matière opaque sur les hommes et les noie. »
comme le poisson - ignorant de l'océan - l'homme dans le temps
Photo de Martine Franck - Les fulkus.
Par Anthony L.
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