Âme humaine


    « Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : "Faisons le bouffon, je ne crains par votre opinion, car vous êtes tous, jusqu'au dernier, plus vils que moi !" Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n'est que par timidité que je fais le crâne. Car si j'étais sûr, en entrant, que tous m'accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon ! »

Les frères Karamazov
, de Dostoïevski.

 

Culture

Mercredi 21 octobre 2009
Mesdames, messieurs... l'heure est grave ! Ce blog n'est pas tenu à jour - grave - et n'a donc plus énormément de visites - très grave. Subissant de plein fouet une période de flemme aigue, je me laisse en effet emporter dans les méandres d'une inactivité croissante et dangereuse... Mais ce n'est pas pour autant que je n'ai rien à dire, ni à écrire, au contraire ! Il y a bon nombre de livres à commenter (dont un chef d'oeuvre à venir !), pièces à expliquer, pensées à extraire de cette petite tête donc je suis l'heureux propriétaire. Avant, donc, de se ressaisir et de s'arracher les cheveux pour écrire un article convenable, je mets (et actualiserai) dans celui-ci les pièces de théâtre, films, festivals que j'ai prévus de voir. Devant le nombre très limité de personnes que je connais et qui seraient intéressées, j'espère, ce faisant, avoir des propositions pour m'accompagner :) Il est en effet toujours plus agréable de partager un bon moment, et d'en discuter.

So, enjoy !

Et dans la catégorie théâtre, nous avons...

Fin de partie, de Samuel Beckett au théâtre des Célestins du 22 novembre au 05 décembre.
Madame de Sade, de Yukio Mishima au TNP, du 20 janvier au 31 janvier.
Lambeaux de Charles Juliet, au théâtre de la Croix-Rousse, du 19 janvier au 06 février.
On ne badine pas avec l'amour, d'Alfred de Musset, au théâtre de la Croix-Rousse, du 09 au 11 février.
MacBeth, de William Shakespeare au théâtre des Célestins du 03 au 06 mars.
Soudain l'été dernier, de Tennesse Williams, au théâtre des Célestins du 10 mars au 8 avril.
Lorenzaccio d'Alfred de Musset, au théâtre des Célestins, du 04 au 26 juin.


En ce qui concerne nos bouquins bien aimés :

En ce moment :
- Les trésors de la mer Rouge, de Romain Gary

Dans un futur proche :
- Jules César, de Shakespeare
- Innocent, d'Harlan Coben
- Une page d'histoire, de Romain Gary
- Charge d'âme, de Romain Gary
- Le loup des steppes, de Hermann Hesse (en vous conseillant de lire Demian, avant tout :))

Les catégories cinéma et festival arriveront bientôt, agrémentées de tout plein d'articles - le prochain relatant mon admiration (et encore, je ne trouve pas de bons mots...) devant Les clowns lyriques de Romain Gary (chef d'oeuvre, sublime beauté, vérité nue, et donc nécessité absolue de le lire !).

Sachez donc que cet article sera édité à de (très très très) nombreuses reprises.

En espérant que vous n'êtes pas trop déprimés par ce temps pourris... Sachez que les salles obscures, ainsi que ces bouts de papier que l'on appelle "livres", représentent la lumière, dans ce monde beaucoup trop réel et sérieux, morose et terne :)

 
Par Anthony L.
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Mercredi 1 juillet 2009

   [Cet article est sujet à quelques spoils.]

   Antichrist
. Ce nom résonne déjà comme une mise en garde. “Attention mes amis, j’ai la prétention d’être atypique, de bouleverser vos petites vies et de vous mettre une grande claque dans la gueule.”

   Et je peux vous dire que le pari est amplement réussi.

   Ce film traite de ce qui effraie le plus l’être humain : sa propre nature, incontrôlable et inconnue, à travers un fond de christianisme sordide et noir. Dés le début, on nous met dans l’ambiance : le spectateur ne sera pas protégé, mais au contraire exposé à tout ce qu’il va endurer, complètement démuni.
Antichrist met à nu les thèmes qu’il explore, et en fait de même avec la façon qu’il a d’être mis en scène. Noir. Dément. Superbe. Et beau.


Premier choc : le prologue

   D’un esthétique rarement atteint, le spectateur est mis dans la bain très rapidement, et se rend compte qu’il n’en ressortira pas de la même façon. Le tabous n’est pas de rigueur ; les scènes ne sont pas censurées : tout est cru, simplement exposé, réel. C’est cela qui frappe dés le début : la réalisation est brillante, le tout est esthétique, mais sans artifice. Nous touchons de très près l’essence de l’homme.
   Cette essence est personnalisée une première fois par la relation sexuelle, le besoin de se reproduire, procurant un plaisir inégalé ou pouvant tuer une âme, transcendant tout ce qui existe. Deux êtres couchent ensemble, et dans la chambre d’à côté, un enfant de 3 ans se réveille, va voir sa mère en extase. Il retourne dans sa chambre, monte à la fenêtre, et tombe. Il meurt sur le coup, dans la neige, symbole de pureté. Ce sera le seul de tout le film.
   Nous assistons au premier paradoxe que ce film propose : un couple fait l’amour, ce qui est le préambule de la vie, et se faisant, la mère, en jouissant, voit de ses propres yeux son fils mourir, sous un air de Haendel, complétant ce prologue filmé au ralenti. C’est un aspect sûrement désiré de le part de Lars Von Trier, dans sa volonté de tout englober, de ne pas séparer le bien du mal ; la vie de la mort. Un seul mot d’ordre : la nature humaine, avec toute la folie qu’elle va engendrer, sous des airs de romantisme absolu.

Deuxième choc : La trame de l’histoire

 - Première instance de la sainte et cruelle trinité : la douleur.
   
La mère est effondrée, devant la mort se son unique enfant, et son mari, thérapeute, va essayer de l’aider en l’emmenant dans le lieu qui lui inspire le plus de peur : Eden, la forêt où elle passait ses étés avec son fils, à rédiger sa thèse. Le spectateur est mis devant la véritable douleur, sans artifice, et il sent qu’il est prêt à être aspiré dans une spirale destructrice, prémisse d’un choc sans précédent.
 - Le deuil.

   Une fois la douleur passée, la mère angoisse, commence à ressentir physiquement les dégâts de ce désespoir sans nom. Elle passe donc par le deuil, où l’on se rend compte de ce qui se passe, où l’on ne nie plus, où l’on reçoit donc de plein fouet toute l’ampleur d’une abominable réalité. La tension monte de plus en plus. Charlotte Gainsbourg est phénoménale dans le rôle de cette mère dévastée. Les scènes sont de plus en plus insupportables, rien n’est mis à l’écart : ni les cris puissants, stridents du désespoir ; ni scènes de passions où la mère essaie de trouver du réconfort ; ni celles, de plus en plus, de folie et de violence. Le tout est filmé avec une caméra presque immobile, décuplant donc le réalisme de ce que l’on voit, de ce que l’on vit.
 - Le désespoir.

   Après un passage rapide où la mère a passé une bonne nuit, est heureuse et se croit - malgré les réticences et la prudence de son mari - guérie, elle plonge véritablement dans la folie, qui sera son point de non retour. Son mari a commis une grave erreur : il l’a lui-même psychanalysée, et s’est donc voilé la face, en essayant de trouver le problème partout sauf à l’intérieur même de cette femme que l’on croit maintenant possédée, à l’image des sorcières du XVIe siècle, sujet de sa thèse. Elle ne se contrôle plus, et devient un véritable démon, qui, on le comprend, serait la véritable nature de l’être humain... ou plus précisément de la femme.
Ce démon, on le voit, possède entièrement la femme qui subit. Le plaisir a une dimension presque divine, et retrace tout le film : c'est quand elle prend du plaisir qu'elle voit son fils mourir. Depuis cet instant, le plaisir a une double facette : elle en a besoin, mais culpabilise. C'est pourquoi elle demande à son mari de la battre lors de leurs ébats ; c'est pourquoi elle se coupe le clitoris : ultime douleur la forçant à renoncer au plaisir, au désir. Cet acte plus que violent est à l'image paradoxale de ce film brillant.
Le réalisateur prouve à cet instant que l’enfer, le véritable 9è cercle de Dante se situe dans notre âme ; que nous essayons par tous les moyens de nous socialiser, de refouler cette nature impitoyable, mais qu’un événement peut raviver, faisant ressortir l’être immonde, se substituant à l’individu factice que nous étions, et cela très rapidement. 
Car le mari se rend compte que sa femme est emprise depuis déjà longtemps à cette folie avant inconsciente, et que le choix de sa thèse n’était pas anodin. Il se rend compte que sa propre femme inversait inconsciemment les chaussures de son enfant, lui imposant une douleur intense, causant une malformation du pied, - et nous pouvons le deviner - le faisant perdre l’équilibre au début du film, le menant à la mort. 
La nuance est donc présente : la folie de l’être humain n’apparaît pas par magie, en cet instant : elle est bel et bien lattante, se révélant quand le conscient devient trop faible.

Troisième choc : l’épilogue

   Le mari tue sa femme pour sauver sa propre vie, et malgré des hallucinations, il réussit à garder le contrôle. Misogynie (ce meurtre sous-entend l'impossibilité pour l'homme de sauver la femme, irrécupérable), simple coïncidence, ou volonté du réalisateur de prouver la différence entre la faiblesse de la femme, biblique, emprise à la folie ; et la force de l’homme, posé, calme, pragmatique. Les allusions au mythe et à la religion catholique ne sont encore une fois pas anodines : Eve et le pêché originel sont omniprésents ; Eden, le nom de la forêt ; le sujet de thèse. Tout est également coupé en trois, et : 3 parties ; 3 sous parties à l’intérieur de l’histoire et 3 étapes, donc, par lesquelles passe la mère ; les 3 mendiants, superstition structurant le film et qui dit qu’une fois réunis, quelqu’un doit mourir : ce sera le cas pour l’enfant et la mère. Simple superstition néanmoins car à chaque décès, une explication rationnelle peut exister.


   Ce film est horrible. Les scènes sont montrées avec un réalisme peu commun, où rien n’est épargné au spectateur. Les thèmes abordés nous font tous peurs, et nous ont tous interpellés au moins une fois, mais nous les avons évidemment refoulés. Ce film les ressort et c’est en cela qu’il est dérangeant. Les critiques diront qu’il veut choquer sans véritable fond ; permettez-moi de vous dire que ceux-là n’ont pas compris, et j’espère vous l’avoir démontré. Car au-delà de ces scènes insupportables, Antichrist est un film profond, tellement profond que je n’ai pas réussi à tout dire, que je n’ai pas réussi à structurer l’article comme je le voulais, et que je n’ai pas dû saisir tout ce que le film offrait.

   Au-delà de ces scènes insupportables - et pour finir l’article -, ce film, je le disais, est beau. Il l’est par sa réalisation, par la justesse des acteurs (Willem Dafoe est tout aussi remarquable, seul soutien d’un spectateur recevant de plein fouet la folie et la perversité de Charlotte Gainsbourg). Il l’est, enfin et surtout, par la formidable preuve d’amour dont fait part le mari, en essayant jusqu’au bout de sauver sa femme, au péril de sa santé mentale, et de sa vie.


   
Par Anthony L.
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Jeudi 16 avril 2009

Frodon : Je voudrais que l'anneau ne soit jamais venu à moi. Que rien de tout ceci ne se soit passé.

Gandalf : Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres. Mais ce n'est pas à eux de décider. Tout ce que vous avez à décider est quoi faire du temps qui vous est imparti.
 

Tiré du film Le Seigneur des anneaux ; La communauté de l'anneau.
 
Par Anthony L.
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Jeudi 2 avril 2009
    « À la fin du XIe siècle, la ville d'Antioche fut assiégée pendant huit mois par les chrétiens de la première croisade. Les musulmans défendirent leurs biens, aussi longtemps que possible. Lorsque les croisés faisaient des prisonniers, ils les décapitaient puis lançaient les têtes par-dessus le mur d'enceinte, autant pour impressionner que pour répandre les maladies. Fermons les yeux un court instant de notre existence et réveillons-nous entre ces murs tremblants sous l'impact des pierres ennemies. Il y a ces hommes, ces femmes et ces enfants qui voient l'armée occidentale s'approcher dans la nuit. Entre les torches vacillantes, les armures sans visages, les machines de guerre, et les paniers plein de têtes coupées. Les fortifications d'Antioche sont sur le point de céder, rien n'arrêtera plus les chrétiens à présent. Ils vont déferler dans les rues, traînant la mort sous leurs capes et dans le reflet inique de leurs lames. Les hommes sentent leurs poitrines se creuser à l'approche du massacre, les femmes ont le sang qui tourne dans leur ventre et les enfants pleurent silencieusement. Ils savent qu'ils vont mourir, et la peur rend à présent leurs larmes plus acides que la haine. Des milliers de regards chancellent alors, tandis que le bélier enfonce la grande porte. Ca y est, tout est fini. La mort est rentrée. »



Maxime Chattam - In tenebris
Peinture de Albert Goodwin - Cairo.
 
Par Anthony L.
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Jeudi 26 mars 2009
   Nous y voilà. Après Million Dollar Baby, dramatique à souhait, où l'on se demandait - malgré les très bonnes critiques - s'il servait vraiment à autre chose qu'à nous faire pleurer ; après la duologie (si, si, ça s'dit, j'vous assure) rassemblant Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima, avec des qualités, certes, mais des scènes looongues, très looongues... Clint l'a fait ! Une petite perle, une autre bombe comme je les aime : Gran Torino.

   Clint Eastwood incarne un vieux crouton, nostalgique d'une guerre de Corée qui l'a forcé à devenir marginale, repoussant sa famille, devenant raciste et méchant, ironique, cynique et détestable. Mais ce film serait tout aussi détestable s'il n'y avait eu que cela ! On aperçoit, à travers la nostalgie d'un temps idéalisé mais qui fut réel, une vraie déception de notre présent, des valeurs disparues comme le respect, remplacé par une douce hypocrisie ; le courage par la violence gratuite ; l'amour par l'égoïsme.
    À travers ce film, nous voyons la vie d'un vieil homme qui ne comprend plus le monde qui l'entoure, embrassant à la fin du film son destin, à l'image des anciennes tragédies.

   Il aborde également d'autres sujets : le racisme, donc, incarné par ce même bon vieux Clint. Là encore, à travers des blagues hilarantes, des mimiques très attachantes, cet acteur et réalisateur dénonce une peur et un dédain inconsidéré et inadmissible. Au début méprisant de ses nouveaux voisins asiatiques, il se découvrira plus de points communs avec eux qu'avec sa propre famille, le sang de son sang.

   Ce chef d'oeuvre (vous voyez le crescendo implicite de l'article ? Quel génie...) traite également de l'inébranlable question qui régie le petit crâne désuet de tout être humain : la relation entre la vie et la mort. Tout en ne vous révélant pas exactement ce qui se passe à la fin du film, je peux vous assurer que Walt (Clint dans le film) ne s'est pas senti aussi vivant qu'à la fin du film.

  

   Et Walt... Mais Walt quoi ! Clint Eastwood tient le film à lui seul, charismatique à souhait, puissant, cynique et drôle, bien que finalement touchant. Il ne pourrait y avoir que lui, cette nouvelle perle du 7ème art (j'ai peiné à monter encore en crescendo, après le chef d'oeuvre...) tiendrait encore mille fois la route.










   En ne vous révélant presque rien de l'intrigue et du dénouement  (c'est frustrant, à chaque fois, de parler d'un film - et je me répète - sans trop spoiler...), je peux néanmoins vous conseiller plus que vivement d'aller le voir. Vraiment, sincèrement, en toute franchise, loyauté, vérité (non, yé même pas allé voir un dictionnaire...) : allez voir ce film, il en vaut la peine.



 Photos tirées d'allociné.
 
Par Anthony L.
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Dimanche 15 mars 2009
   « Il s'agenouilla presque pour me parler.
   "Ne pleure pas, mon petit. Nous allons avoir une très grande maison. Une vraie rivière passe juste derrière. Il y a beaucoup d'arbres, très grands, ils seront tous à toi. Tu pourras fabriquer des balançoires."
   Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas. Jamais aucun arbre ne serait aussi beau que la Reine Charlotte.
   "Tu seras le premier à choisir les arbres."
   Je regardais ses pieds, les doigts sortaient des savates. C'était un arbre. Mais un arbre que je ne connaissais presque pas.
   "Autre chose encore. On ne coupera pas de si tôt ton petit pied d'oranges douces et quand on le coupera, tu seras loin, tu ne t'en apercevras pas."
   Je m'agrippais à ses jambes en sanglottant.
   "Ca ne sert à rien, papa, ça ne sert à rien..."
   Et en regardant ses yeux qui étaient aussi pleins de larmes, je murmurai comme un mort :
   "On l'a déjà coupé, papa, il y a plus d'une semaine qu'on a coupé  mon petit pied d'oranges douces." »

 Mon bel oranger - José Mauro de Vasconcelos
Cliché de Willy Ronis.


 
 
Par Anthony L.
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Samedi 28 février 2009
   Imaginez un homme laid. Non, malheureux ! un homme vraiment laid. Voilà, on va dire que c'est bon. Très laid. Horriblement laid. Merveilleusement laid. Ce qui l'amuse, c'est regarder la façon dont la population lambda le dévisage dans la rue. On essaie de ne pas le regarder, après l'avoir pourtant remarqué ; on le dévisage avec horreur, sinon avec surprise. Quand un enfant pose une question sur son aspect hétéroclite, le parent lui demande, mal à l'aise, de se taire.
    Imaginez un homme qui n'a vécu et connu que cela. Les rares personnes daignant lui donner un peu de leurs temps gardent ce regard qu'il subit, même s'il ne veut l'admettre. Il le subit, car, de façon contradictoire qui se présente comme une conséquence - et comme Quasimodo - il agit comme eux avec une certaine exacerbation et une puissance extremiste : il tombe en extase devant la splendeur d'une jeune femme. Il n'y a bien sûr pas que ça : cette jeune femme le traite en égal, et voit en lui un être à part ; intéressant. Elle ne nie pas sa laideur, elle l'accepte. Mais ce qui compte, c'est sa beauté. Jamais il n'a vu auparavant un être si beau, souriant et attirant. Elle est si belle, mais c'est peut-être avant tout parce qu'elle le regarde - et c'est nouveau pour lui - avec des yeux normaux, qui n'ont pas ce dégoût, cette horrible gêne qui l'ont poussé à détester l'être humain, au profit de la beauté suprême, qu'il croyait inincarnable mais qu'elle représente.
    Imaginez que cet homme, au final, quand il agira en être humain à son tour - ayant confiance en elle -, et lui révélera ses possibles faiblesses, imaginez qu'elle se détourne de lui. Imaginez que la seule personne qu'il estimait lui tourne enfin le dos, quand il eut démystifié ce qui faisait son unique qualité. Que cette personne, se sentant en position de force, agisse en dictateur et en tyran. Pire, en sadique.

    Imaginez un seul instant ce qu'il serait capable de faire.

    Vous ne l'imaginez pas ?

    Lisez donc Attentats, d'Amélie Nothomb.
 
Par Anthony L.
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Lundi 26 janvier 2009
   "Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c'est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang."

 
Par Anthony L.
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Mercredi 21 janvier 2009
Lutte contre toi-même

C'est le pire adversaire.
Il te ressemble.
Il a tous tes défauts.
Mais il a aussi toutes tes qualités.
C'est toi-même.
Tu as toujours eu des conflits avec toi-même.
Voici une excellente occasion d'y faire face.
Contre toi, tu ne peux te défiler.
Pas de combat à l'épée, ni de joute d'humour.
Il te propose une partie de cartes.
Vous vous asseyez de part et d'autre d'une table.
Il tient un jeu de cartes semblable au tien.
Des images de ton passé ont remplacé les figures habituelles.
Il place ses cartes en éventail, te regarde d'un air gourmand, en choisit lentement une.
La retourne.
Tu revois un souvenir pénible que tu avais essayé d'oublier.
À ton tour de poser une carte.
Il comprend que tu puises dans des instants plus confortables et te contre avec des cartes plus fortes.
Choisis donc tes pires souvenirs.
Mets-toi nu.
Il est obligé de se mettre nu, lui aussi, pour surenchérir.
Ne te fais plus de cadeau.
Sors les cartes représentant tes lâchetés,
tes peurs, ton ingratitude,
ton manque d'attention
à la souffrance des autres, ta fainéantise,
tes traîtrises.
Tu lui exhibes tes pires blessures, dés lors il ne sait plus te contrer.
Il est gêné par le regard libre que tu portes sur toi-même.
Tu lui dis que tu n'as plus rien contre toi, personnellement.
C'est une excellente occasion de te réconcilier avec toi-même.
Il renverse la table et jette le jeu par terre.
Tu lui tends la main et tu lui proposes dans l'avenir d'être son ami et de ne plus rien faire sans un parfait accord entre toi et toi.
Il accepte.
Assez de batailles.




Un autre chapitre du livre je-sais-pas-quand. So, enjoy ^^
Peinture de François Schlesser.
 
Par Anthony L.
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Mardi 13 janvier 2009
   « Toute sagesse dit : le temps est un fleuvre. Mais, en réalité, personne ne se tient jamais sur la berge des mondes pour en contempler le cours. Tout lestés d'eux-mêmes, les corps flottent dans l'épaisseur qui les étouffe, entourés d'une lumière bleutée de néons, passant entre deux lignes de néant, sans rien savoir du remuement vert et gris qui les balance et les porte vers nulle part. Le fleuve du temps est sorti de son lit pour recouvrir le cercle sans couture de l'horizon. Il déverse partout sa matière opaque sur les hommes et les noie. »

comme le poisson - ignorant de l'océan - l'homme dans le temps


Photo de Martine Franck - Les fulkus.

 
Par Anthony L.
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Présentation

Extraits

- Ma colombe ! - et que ces mots avaient donc besoin de t'être rendus ! - Rien ne vaut d'être tenté que le goût de tes lèvres ne pourrait accomplir, et l'on peut peut-être vivre loin d'elles, mais à la manière d'un exil... (Les Clowns Lyriques, de Romain Gary).

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